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jeudi 2 mars 2023

Françaix (Jean)

 

Jean Françaix


Jean Françaix


Jean René Désiré Françaix, né le 23 mai 1912 au Mans et mort le 25 septembre 1997 à Paris, est un compositeur français du xxe siècle.

Les informations de cet article sont largement tirées du site officiel de Jean Françaix:


Ses dons musicaux exceptionnels ont pu se développer en toute liberté grâce à un entourage familial qui était favorable (son père était directeur du Conservatoire du Mans et sa mère professeur de chant). 

Ces dons sont en effet si extraordinaires que son illustre professeur Nadia Boulanger, à qui on le confie pour sa formation musicale lorsqu'il a dix ans, écrit à sa mère: "Madame, je ne sais pas pourquoi nous perdons du temps à lui apprendre l'harmonie, il sait l'harmonie. Je ne sais pas comment, mais il la sait, il est né la sachant. Faisons du contrepoint".

En 1922, il écrit "Pour Jacqueline", oeuvre dédiée à sa petite cousine et éditée deux ans plus tard par les éditions Sénart.

L'année suivante, en 1923, Maurice Ravel, en réponse à l'envoi d'un manuscrit, encourage l'enfant à continuer dans la voie qu'il a choisie et écrit notamment: "Parmi les dons de cet enfant, je remarque surtout le plus fécond que puisse posséder un artiste, celui de la curiosité".

A 18 ans il obtient son premier prix de piano, premier nommé, au Conservatoire National Supérieur de Paris. Deux ans plus tard, il représente, avec Claude Delvincourt, la jeune école française au Festival International de Vienne, où l'on joue ses "Huit Bagatelles", qui remportent un triomphe.

Le succès de son "Concertino pour piano et orchestre", en 1932, sera suivi par beaucoup d'autres et ses compositions seront dirigées par les plus grands chefs.

Son catalogue comprend plus de 200 œuvres.

Il a écrit les musiques de seize ballets, montés par des chorégraphes de grande réputation tels que Léonide Massine, Serge Lifar, Roland Petit ou Georges Balanchine.

Il a composé un oratorio, cinq Opéras et Opéras Comiques, dont "La Main de Gloire", et "La Princesse de Clèves".

Sa musique de chambre (du duo au dixtuor, avec plus de cinquante pièces), est constamment jouée et enregistrée dans le monde.

Il a composé environ quarante concertos pour presque tous les instruments de l'orchestre, dont les plus connus sont "L'Horloge de Flore" (1959), pour hautbois et orchestre, et le "Concerto pour clarinette et orchestre" (1967).

Mais, signe des temps, c'est avec ses partitions de musique de films écrites pour Sacha Guitry (dont le célèbre "Si Versailles m'était conté" ), que Jean Françaix obtint une certaine notoriété publique dans son pays. Néanmoins, il manque une interprétation récente de ces musiques, les interprétations de l'époque étant assez datées.

Il meurt à Paris le 25 septembre 1997, à l'âge de 85 ans.

Si j'ai choisi de vous parler de Jean Françaix, c'est que j'aime beaucoup la légèreté de sa musique et le fait qu'il ne se prend pas au sérieux, malgré son savoir-faire. D'autre part, il sait mettre en valeur les instruments à vent d'une façon remarquable, ce qui n'est pas sans rappeler ce dont Mozart lui-même était capable.

Enfin, même s'il dispose d'une riche discographie, il n'est plus tellement joué au concert. Il reste relativement rare en France et est plutôt joué en Angleterre, en Suisse, aux Etats-Unis ou au Japon.

Afin de pallier cette méconnaissance, je vous propose une sélection de mes œuvres préférées. 

Tout d'abord, avec une playlist.



Ensuite, avec une sélection de mes albums préférés. Les œuvres ont été classées par ordre chronologique.



1932 - Concertino pour piano et orchestre




Le Concertino pour piano et orchestre est le premier succès d'un jeune compositeur de 20 ans, qui le crée lui-même au piano. Il reste une des pièces les plus connues du compositeur.

Cette pièce fait preuve d'un style élégant, espiègle et tendre, qui restera la marque de fabrique de Jean Françaix tout au long de sa carrière.

L'oeuvre est en 4 mouvements et fait preuve d'une belle concision, puisqu'elle ne dure que 8 minutes.

Au disque, j'ai sélectionné la version interprétée par Philippe Cassard au piano, l'Ulster Orchestra est placé sous la direction de Thierry Fischer. Celui-ci est un chef d'orchestre suisse qui a consacré plusieurs disques à Jean Françaix. 

Sur l'album choisi, le Concertino est complété par deux partitions très intéressantes: le ballet "Les malheurs de Sophie" inspiré du livre pour enfants de la Comtesse de Ségur, et la pièce orchestrale "Les bosquets de Cythère", une suite de valses pour orchestre.

Sous Youtube, j'ai sélectionné un enregistrement historique. Le Concertino est interprété par Claude Françaix, la fille du compositeur, le London Symphony Orchestra est dirigé par Antal Dorati.


 



1936 - Concerto pour piano




J'ai ensuite choisi le concerto pour piano. Composé en 1936, le concerto est en 4 mouvements:
  • I. Allegro
  • II. Andante
  • III. Scherzo
  • IV. Finale: Allegro.
C'est une oeuvre pleine de fantaisie et de légèreté. Au disque j'ai sélectionné une anthologie des concertos pour piano de compositeurs français: Massenet, Roussel, Chaminade, Lalo, Boieldieu et ... Françaix.

Le concerto pour piano est interprété par Claude Françaix en soliste, l'Orchestre de Radio Luxembourg est dirigé par Jean Françaix (on n'est jamais mieux servi que par soi-même!)

Voici cette version, le concerto dure un peu plus de 17 minutes.





1947 - L'Heure du Berger



L'Heure du Berger est un sextuor pour piano et quintette à vent composé en 1947. La pièce est en trois mouvements:
  1. Les vieux beaux
  2. Pin-up girls
  3. Les petits nerveux
L'heure du berger signifie le moment où la nuit tombe et où les amoureux se retrouvent. En l'occurrence, il semblerait qu'il s'agisse plus exactement d'un hommage à un célèbre restaurant parisien, mais cela n'est pas incompatible. 

Les trois mouvements désignent des personnages typiquement parisiens. Les vieux beaux sont décrits avec saveur par le basson et la clarinette, les pin-up girls par les arabesques langoureuses du mouvement lent, enfin les petits nerveux sont menés tambour battant sur l'adaptation libre d'un morceau de music-hall.

Au disque, je vous propose l'album du Prague Wind Quintet, qui permet d'entendre également les deux Quintettes à Vent ainsi qu'un autre tableau parisien composé trente ans plus tard, "Le Gai Paris".

Voici "L'heure du Berger" par des musiciens de l'Université du Michigan.




Et parce que cette pièce est dans la même veine humoristique, je vous propose d'écouter "Le Gai Paris" par l'Octuor à Vent de Paris.





1959 - L'Horloge de Flore, pour hautbois et orchestre




Voici une oeuvre à la fois belle, intéressante et diablement originale. Françaix compose "L'Horloge de Flore" en 1959, inspiré par un poème de Stéphane Mallarmé. Celui-ci se base sur un ouvrage du naturaliste suédois Carl von Linné, "L'Horologium Florae", qui répertorie les fleurs qui s'épanouissent à différents moments de la journée et de la nuit.

Les 7 mouvements du concerto de Jean Françaix reprennent 7 des fleurs citées par le botaniste: 
  • 3h: Galant de jour: lent et majestueux,
  • 5h: Cupidone bleue: tempo deux fois plus rapide,
  • 10h: Cierge à grandes fleurs: une sarabande librement transformée,
  • 12h: Nyctanthe de Malabar: un rythme aux relents d'Inde,
  • 17h: Belle de nuit: un mouvement délicat et capiteux,
  • 19h: Géranium triste: contrairement au nom de la fleur, il s'agit d'un moment pétillant et joyeux,
  • 21h: Silène noctiflore: on termine sur un humour léger et débridé.
L'oeuvre dure environ 17 minutes.

Au disque, j'ai choisi la très belle version interprétée par Lajos Lencses au hautbois. Il est accompagné par le Radio Symphonie Orchester Stuttgart dirigé par Uri Segal. L'album contient également le Concerto da Camera d'Honegger et la Symphonie Concertante d'Ibert.

En vidéo, je vous propose l'excellente version de l'hautboïste Felicia Greciuc. Elle est accompagnée par des Membres de la Kongelige Kapel, le V Coloris Quintet, et les DKDM students, qui sont tous placés sous la direction de Thomas Søndergård.






1959 - Concerto pour Clavecin



En 1959, Jean Françaix compose un concerto pour clavecin. Étrange destinée que celle de cet instrument qui était le roi des instruments durant la période baroque, puis fut peu à peu remplacé par le pianoforte, puis par le piano.

Certains compositeurs du XXème siècle ont choisi de le réutiliser, tels que Francis Poulenc, un peu avant Françaix, avec son concerto champêtre. Plus près de nous des compositeurs comme Philip Glass, Michael Nyman ou Henryk Gorecki, ont également composé des concertos pour clavecin mémorables.

Dans son concerto, Françaix s'est attaché à rendre à l'instrument son charme et sa personnalité irremplaçable. Comme il le dit lui même, il a voulu exprimer tous les sentiments qu'il peut rendre: le babil, la mélancolie ou l'ironie.

L'oeuvre est en 5 mouvements:
  • I. Toccata I
  • II. Toccata II [02:35]   
  • III. Andantino  [04:24]  
  • IV. Menuet  [08:11]  
  • V. Finale [13:09]
Les minutages sont ceux de la version choisie. L'oeuvre dure 17 minutes environ.

Au disque j'ai choisi la version interprétée au clavecin par Jean Françaix lui-même. Il est accompagné par le Rundfunk Sinfonie Orchester Saarbrücken dirigé par Emile Naoumoff.

Voici la même version sous Youtube.






1960 - Sonate pour Piano




La sonate pour piano de Françaix date de 1960 et fut dédiée à la pianiste turque Idil Biret, qui la créa la même année.

La sonate est en 4 mouvements qui portent des titres de la suite baroque:
  1. Prélude: s'inspire de Haydn,
  2. Élégie: un morceau plein d'émotion,
  3. Scherzo: très vif,
  4. Toccata: une pièce impressionnante, aux harmonies audacieuses.
L'oeuvre dure 9 minutes environ.

Au disque, j'ai sélectionné l'intégrale pour piano, piano à 4 mains, et pièces pour 2 pianos, menée par le pianiste britannique Martin Jones.

Outre la sonate, les points forts de cette intégrale sont la Danse des trois arlequins, les huit danses exotiques, la suite pour le film "Si Versailles m'était conté" et la suite du ballet "Scuola di Ballo" sur des thèmes de Boccherini.

Voici la sonate interprétée par Martin Jones.



Voici la danse des trois arlequins, qui exprime le chaos et les bêtises provoquées par trois clowns en faisant se rencontrer des rythmes à deux et trois temps.





1965 - Concerto pour 2 Pianos




Encore un point de ressemblance entre Francis Poulenc et Jean Françaix: ils ont tous les deux composé un concerto pour 2 pianos.

Françaix s'est amusé à composer un concerto dans lequel les 2 pianos se livrent à une lutte que l'on pourrait qualifier de "fratricide", en l’occurrence se sont les forces techniques du père et de la fille qui vont entrer en concurrence, puisque l'oeuvre sera créée par Jean Françaix et sa fille Claude.

Le concerto est composé d'un seul mouvement: Allegro giocoso - Scherzando - Allegro et dure un peu moins de 30 minutes. Françaix a voulu une pièce tantôt souriante, tantôt sérieuse, mais jamais "ennuyeuse".

J'ai sélectionné l'album "Françaix spielt Françaix" qui signifie en allemand "Françaix joue Françaix" (l'éditeur de l'album, Wergo, est une maison de disques allemande). Cet album contient également les œuvres "Variations sur un thème plaisant" et "Cinq portraits de jeunes filles".

Dans cette version les 2 pianistes sont bien sûr Jean Françaix et sa fille Claude. Ils sont accompagnés par le Sinfonieorchester des Südwestfunks Baden-Baden dirigé par Pierre Stoll.

Voici la version audio du concerto.






1966 - Concerto pour Flûte



Le concerto pour flûte de Françaix nous permet à nouveau d'entendre la magie avec laquelle le compositeur fait sonner les instruments à vent.

Composé en 1966 et dédié au flûtiste Jean-Pierre Rampal, ce concerto allie la délicatesse à l'élégance, et fait parfois preuve d'une gentille ironie. Le but principal du compositeur qui est de faire plaisir est ici largement atteint. L'oeuvre, par son humour et son côté sympathique, fait même sourire.

La partition dure environ 24 minutes et est en 2 mouvements:
  • I. Presto - Andantino (00:00-12:30)
  • II. Scherzo - Allegro con spirito molto - Allegro (12:30-24:25)
Le minutage correspond à la version choisie.

L'oeuvre est formidablement mise en valeur par la superbe interprétation de Manuela Wiesler, avec le Helsingborg Symphony Orchestra dirigé par Philippe Auguin.

L'album sélectionné comprend également des œuvres pour flûte et orchestre de Chaminade, Mouquet et Ibert.

Voici la version audio de ce concerto par Manuela Wiesler.






1967 - Concerto pour Clarinette




Le concerto pour clarinette est une des œuvres les plus connues de Françaix, et c'est à juste titre, car c'est probablement le concerto le plus réussi.

Les différents mouvements du concerto permettent au compositeur de mettre en valeur une écriture d'une grande diversité à laquelle la clarinette répond instantanément avec ses qualités propres : sentimentalité, souplesse, virtuosité... L'orchestre, dont les membres assument fréquemment un rôle de soliste, est également sollicité.

Jean Françaix utilise une forme en quatre mouvements, fortement influencée par la forme sonate à plusieurs mouvements, en lieu et place au lieu du modèle usuel de concerto à trois mouvements.

La pièce est constituée des quatre mouvements suivants:
  1. Allegro : forme sonate
  2. Scherzando : forme ternaire à trois sections enchaînées A-B-A
  3. Andantino : introduction - thème - trois variations - coda
  4. Allegrissimo : forme rondo
Le concerto dure environ 26 minutes.

Au disque, j'ai sélectionné la version de Philippe Cuper à la clarinette. Il est accompagné par l'Orchestre de Bretagne dirigé par Jean Françaix. L'album nous offre en couplage les concertos de Copland et Nielsen.

Sous Youtube, nous avons la chance de trouver une version live de qualité. Elle est interprétée par José-Luis Inglés, avec le Sinfonieorchester Basel dirigé par la cheffe Anu Tali.





1970 - Sept Danses d'après le ballet "Les Malheurs de Sophie"



En 1970, Françaix met au point les Sept danses, issues de sa musique pour le ballet "Les Malheurs de Sophie", créé à l’Opéra de Paris le 25 février 1948, d’après le célèbre roman de la Comtesse de Ségur. 

La partition orchestrale de ce spectacle, tendre et espiègle, restera l’une des plus emblématiques de Françaix. 

Les Sept danses en reprennent différents épisodes : 
  1. Le jeu de la poupée, morceau joyeux et rythmique; 
  2. Funérailles de la poupée, parodie de marche funèbre et bijou d’humour; 
  3. La présentation des petits amis, nonchalante et douce-amère; 
  4. Variation de Paul, qui dépeint le caractère joyeux du cousin allié; 
  5. Pas de deux entre Sophie et Paul, rêverie emplie de douceur; 
  6. Le goûter, avec ses motifs répétés sautillants et joyeux; 
  7. Danse des filets à papillons, pièce virtuose où les instruments virevoltent. 
Ces Sept danses furent créées à Zagreb, alors en Yougoslavie, le 25 mai 1970, par le Bläser Ensemble Mainz, dirigé par Klaus Rainer Schöll.

Au disque, j'ai choisi l'album "Works for Winds" interprété par l'Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction de Nicolas Chalvin, qui contient un programme varié d’œuvres pour instruments à vent.

Extrait des "Sept Danses", voici la "Danse des filets à papillons".





1974 - Tema con variazioni pour clarinette et piano



Le Tema con variazioni fut écrit par Françaix pour son petit-fils Olivier. Il s'agit d'un thème suivi de 6 variations. Cette pièce se caractérise par la facilité que l'on a à l'apprécier, son humour, son côté dansant et très plaisant.

Initialement écrite pour clarinette et piano, la version sélectionnée au disque est une transcription pour clarinette et orchestre. L'interprète principal est le clarinettiste polonais Waldemar Zarow.

Sous Youtube, j'ai choisi une version qui revient à la formation initiale, clarinette et piano. La pièce est interprétée par Joë Christophe (clarinette) et Alexandre Lory (piano).






1984 - Musique pour faire plaisir (Dixtuor)



La "Musique pour faire plaisir" est issu de différentes pièces de Francis Poulenc transcrites par Jean Françaix pour un dixtuor de vents.

La pièce est en 3 mouvements:
  • I. Petite valse -- Introduction (basée sur la "Valse en ut" - 1919)
  • II. Élégie (basée sur "Élégie" pour 2 pianos - 1959 - et "Mélancolie" - 1940) [02:10]
  • III. L'embarquement pour Cythère, Grande valse démocratique (basé sur "L'embarquement pour Cythère" pour 2 pianos - 1951) [06:00]
Les minutages correspondent à la version choisie. La pièce dure un peu moins de 9 minutes.

Au disque, j'ai choisi la version du Bläser Ensemble Mainz avec Jean Françaix au piano. L'album contient un certain nombres d’œuvres parmi les plus charmantes et amusantes de Françaix, dont "Mozart new-look".

Voici la version audio de "Musique pour faire plaisir".



On termine avec la version audio de "Mozart new-look", une pièce humoristique qui combine des extraits de Carmen et de Don Giovanni et laisse la contrebasse gambader dans la plus grande virtuosité.






mardi 6 décembre 2022

Satie (Erik) - Partie 2

 

Erik Satie
Erik Satie par Suzanne Valadon (1892-1893)



Erik Satie


Voici la seconde partie de l'article consacré à Erik Satie.

Erik Satie termine sa vie solitaire et misérable. Il exprime sa solitude et son malheur dans ses chroniques "Recoins de ma vie". Mais, surtout, comme on le verra ci-dessous, il a manqué toute sa vie de reconnaissance, et c'est encore vrai aujourd'hui. Car, même s'il a une discographie assez riche, Satie est toujours très rarement joué au concert.

Voici un extrait de ses chroniques (citées dans "Cinq Nouvelles en forme de poire" de Bastien Loukia):

"Je grille d'envie de vous donner, ici, mon signalement (énumération de mes particularités physiques - celles dont je puis honnêtement parler, évidemment). Cheveux et sourcils châtain foncé; yeux gris (pommelés, probablement); front couvert; nez long; bouche moyenne; menton large; visage ovale. Taille: 1 mètre 67 centimètres. 

Ce document signalétique date de 1887, époque où je fis mon volontariat au 33ème Régiment d'infanterie à Arras (Pas-de-Calais). Il ne pourrait me servir aujourd'hui. Je regrette de ne pas vous montrer mes empreintes digitales (de doigt). Oui. Je ne les ai pas sur moi, et ces reproductions spéciales ne sont pas belles à voir !

Personnellement, je ne suis ni bon ni mauvais. J'oscille, puis-je dire. Aussi, n'ai-je jamais fait réellement de mal à quiconque - ni de bien, au surplus.

Toutefois, j'ai beaucoup d'ennemis - de fidèles ennemis, naturellement. Pourquoi ? Cela tient à ce que, pour la plupart, ils ne me connaissent pas - ou ne me connaissent que de seconde main, par ouï-dire (des mensonges plus que menteurs), en somme.

L'homme ne peut être parfait. Je ne leur en veux nullement: ils sont les premières victimes de leur inconscience et de leur manque de perspicacité... Pauvre gens!...

Ainsi, les plains-je. Passons ... je reviendrai sur ce sujet."



Je vous propose, à présent, de suivre la suite de ma sélection.


Erik Satie - Katia & Marielle Labèque




En 1903, Satie compose un de ses plus fameux morceaux, "Trois morceaux en forme de poire". Et, ce qui est diablement amusant, c'est que la pièce est en fait en 7 mouvements !

Plusieurs explications circulent concernant le choix de ce titre surprenant qui, comme souvent chez Satie, le servira et le desservira à la fois : la plus communément admise y voit une réaction de sale gosse à une remarque que lui aurait formulée Claude Debussy.

"Debussy lui conseille de soigner davantage la forme. Satie, tout en sachant fort bien ce que Debussy voulait dire, réplique : "Quelle forme, en forme de quoi ?" Et il intitule d’exquises musiques : Morceaux en forme de poire pour railler le souci de la forme, dont il connaissait néanmoins parfaitement la nécessité".

On pense néanmoins que le titre n'est pas une boutade à Debussy, mais plutôt à ses détracteurs qui trouvaient que la musique de Debussy manquait de forme. Ce serait donc plutôt un clin d’œil et un soutien à son ami.

Les Trois Morceaux en forme de poire sont en réalité un recueil de sept pièces, les trois Morceaux proprement dits étant précédés par une "Manière de commencement" et une "Prolongation du Même", et suivis par un "En Plus" et une "Redite".

Pour cette oeuvre pour piano à 4 mains, j'ai choisi un des meilleurs duos pour piano à 4 mains, les sœurs Katia & Marielle Labèque qui nous livrent un excellent album dédié à Erik Satie.

Voici Manière de Commencement.



Prolongation du Même.



I. Lentement.



II. Enlevé.



III. Brutal.




En Plus.



Redite.




"Sports et Divertissements" est un cycle de vingt et une pièces brèves pour piano. Composé entre mars et mai 1914, l'ouvrage associe musique et dessins de Charles Martin. 

Selon les mots de l'auteur: "cette publication est constituée de deux éléments artistiques : dessin et musique. La partie dessin est figurée par des traits, des traits d'esprit, la partie musique par des points, des points noirs". 

Quelques commentaires poétiques ou ironiques du compositeur complètent l'ensemble. Le cycle dure une quinzaine de minutes environ.

Sous Youtube, j'ai sélectionné la version d'Anne Queffélec.




En 1919, Satie compose "Trois petites pièces montées". Il s'agit de trois pièces pour piano à 4 mains qui mettent en scène des personnages de Rabelais.

Les trois pièces sont:
  1. De l'enfance de Pantagruel (Rêverie) — Modéré
  2. Marche de Cocagne (Démarche) — Temps de Marche
  3. Jeux de Gargantua (Coin de polka) — Mouvement de Polka

Les voici:

1. De l'enfance de Pantagruel.



2. Marche de Cocagne (par le duo Campion-Vachon).



3. Jeux de Gargantua.




Avant-dernières Pensées - Alexandre Tharaud




L'album suivant est une réelle réussite. Mené par Alexandre Tharaud, toujours aussi excellent, nous avons droit à un double album. Le premier disque est intitulé Solo et Tharaud y joue des pièces pour piano seul. Le second disque s'appelle Duos et Tharaud y est accompagné par un chanteur (Juliette, Jean Delescluse) ou par un instrumentiste (Eric Le Sage, Isabelle Faust et David Guerrier).

La version des "Trois morceaux en forme de poire" par Alexandre Tharaud et Eric Le Sage mérite également le déplacement.

Voici quelques sélections.

Les "Véritables Préludes Flasques (pour un chien)" datent de 1912. L’œuvre, d'une durée d'exécution de quatre minutes environ, comprend trois mouvements:
  1. Sévère réprimande — Vif (sans trop)
  2. Seul à la maison — Doucement
  3. On joue — Aller
La première pièce du cahier, Sévère réprimande, est une sorte de toccata, avec un ostinato à la main droite du piano et un thème de choral en octaves à la main gauche.

La deuxième pièce, Seul à la maison, est interprétée par Adélaïde de Place comme une transposition de la « journée du musicien solitaire dans sa modeste maison d'Arcueil ». Guy Sacre la dépeint quant à lui comme une « douce élégie ».

Enfin, la pièce qui clôt le recueil, On joue, est une sorte de petite étude pour les quartes et les quintes chromatiques, « où passent les rythmes syncopés du music-hall ».

En voici une version live par Bertrand Chamayou (Mathieu Amalric joue le rôle du récitant).



A propos des "Descriptions Automatiques", Satie écrit:

"J'écrivis les Descriptions automatiques à l'occasion de ma fête. Il est de toute évidence que les aplatis, les insignifiants et les boursouflés n'y prendront aucun plaisir. Qu'ils avalent leur barbe ! Qu'ils se dansent sur le ventre !"

Composé en 1913, le cahier, d'une durée d'exécution de quatre minutes trente environ, comprend trois mouvements:

  1. Sur un vaisseau — Assez lent, dédié à Mme Fernande Dreyfus. On notera une citation de "Maman les p'tits bateaux".
  2. Sur une lanterne — Lent, dédié à Mme Joseph Ravel. Cette pièce cite La Carmagnole.
  3. Sur un casque — Pas accéléré, dédié à Paulette Darty. C'est une parodie grotesque de musique militaire.

Sur un vaisseau.




Sur une lanterne.



Sur un casque.




"Heures séculaires et instantanées" fut composé en 1914. Le cahier, d'une durée moyenne d'exécution de trois minutes trente environ, comprend trois mouvements:

  1. Obstacles venimeux — Noirâtre
  2. Crépuscule matinal (de midi) — Sans grandeur
  3. Affolements granitiques — Vivement
Comme souvent, Satie met de nombreuses annotations dans sa partition, mais il prévient l'interprète de ce qu'il doit faire de toutes ces indications, avec cet avertissement:

« À quiconque.
Je défends de lire, à haute voix, le texte, durant le temps de l'exécution musicale. Tout manquement à cette observation entraînerait ma juste indignation contre l'outrecuidant.
Il ne sera accordé aucun passe-droit. »



"La Belle Excentrique" est une des œuvres les plus réussies de Satie. Je me rappelle qu'elle servait de générique à l'émission "Le Petit Rapporteur" de Jacques Martin (pour ceux qui ont connu cette époque ...).

Il s'agit d'une suite de danses pour petit orchestre. C'est une parodie des clichés du music hall, conçue comme une  mise en scène chorégraphique et selon les normes modernes, elle peut être considérée comme un ballet. 

Satie lui a donné le sous-titre lunatique de « fantaisie sérieuse ». Elle a été créée au Théâtre du Colisée à Paris le 14 juin 1921, sous la direction de Vladimir Golschmann. Plus tard, le compositeur a arrangé l'œuvre pour deux pianos.

La suite se compose de trois danses – marche, valse, cancan – et d'une ritournelle instrumentale:
  1. Grande ritournelle
  2. Marche franco-lunaire
  3. Valse du mystérieux baiser dans l'œil
  4. Cancan Grand-Mondain
Voici les quatre pièces dans la version pour 2 pianos par Alexandre Tharaud et Eric Le Sage.

Grande Ritournelle.



Marche franco-lunaire.



Valse du mystérieux baiser dans l’œil.



Cancan Grand-Mondain.




"Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes)" est une suite de trois pièces pour violon et piano, composée en 1914. Il s'agit d'une des rares incursions de Satie dans la musique de chambre.

Le cahier, d'une durée moyenne d'exécution de quatre minutes environ, comprend trois mouvements:
  1. « Choral hypocrite » — Grave, dix mesures à quatre temps, daté du 17 janvier (1914)
  2. « Fugue à tâtons » — Pas vite, daté du 21 janvier
  3. « Fantaisie musculaire » — Un peu vif, daté du 30 janvier
Voici l'oeuvre par Alexandre Tharaud et Isabelle Faust.

1. Choral hypocrite.



2. Fugue à tâtons.



3. Fantaisie musculaire.





Il est grand temps d'attaquer un domaine musical que je n'ai pas encore évoqué, celui des mélodies.

En 1916, Satie compose "Daphénéo", une mélodie sur un texte de Mimi Godebska, qui nous apprend que les "oisetiers" (qu'il ne faut pas confondre avec les noisetiers) sont des arbres à oiseaux. Il s'agit donc d'une oeuvre à la fois naïve et surréaliste.

Voici une version interprétée par Alexandre Tharaud et le ténor Jean Delescluse.





La Belle Excentrique - Patricia Petibon



J'ai sélectionné cet album parce que j'adore Patricia Petibon, non seulement pour sa voix mais également pour sa fantaisie et ses talents scéniques qui sont parfaits au niveau humour pour illustrer les mélodies de Satie.

Le titre "La Belle Excentrique" est bien entendu une référence à la pièce de Satie, dont on entend des extraits dans l'album. 

Ce disque nous permet d'entendre, outre Satie, des mélodies de Fauré, Poulenc, Hahn, etc. C'est une très bonne compilation.

La première mélodie, "La Statue de bronze", évoque "la tristesse d'une grenouille de bronze, ornement d'un jeu de jardin, condamnée à rester la bouche grande ouverte dans l'attente d'un mot qui ne viendra jamais". Patricia Petibon, ici accompagnée au piano par Susan Manoff, est impayable avec ses lunettes fantaisistes!



"Allons-y, Chochotte" est une pièce désopilante. Patricia Petibon lui donne tout son charme en prenant un ton de "poissonnière", elle est accompagnée par Olivier Py qui n'est pas en reste. Goguenard, il imite dans un couplet un chanteur de 78 tours en se pinçant le nez pour se donner une voix nasillarde.

En voici une version improvisée.



"Je te veux" est une chanson d'Erik Satie pour la musique, et Henry Pacory pour les paroles. Cette valse lente sentimentale fut créée à la Scala, à Paris, en 1903, pour la chanteuse Paulette Darty, dont Erik Satie fut un temps l'accompagnateur. Depuis, elle a connu de nombreuses interprétations.





Œuvres Orchestrales - Michel Plasson




L'album de Michel Plasson donne un panorama assez complet de la musique orchestrale de Satie en nous donnant la musique des ballets Parade et Relâche et en nous permettant d'entendre un certain nombre d’œuvres parmi les plus connues, dans des versions orchestrales.

"Parade" est un ballet en un acte de la compagnie des Ballets russes dirigés par Serge de Diaghilev. Il s'agit d'une œuvre collective, écrite par Jean Cocteau, sur une musique d'Erik Satie, chorégraphiée par Léonide Massine et scénographiée (décors, costumes et rideau de scène) par Pablo Picasso. 

L'œuvre est inspirée par le tableau "Parade de cirque" de Georges Seurat. Le ballet est créé le 18 mai 1917 au théâtre du Châtelet à Paris.

La première représentation a déclenché l'hostilité du public et de la critique, notamment parce que l'orchestre comprenait aussi une machine à écrire, un bouteillophone (série de bouteilles contenant des quantités différentes de liquide), un pistolet et des sirènes. La musique fut traitée de "bruit inadmissible" par les plus conservateurs. Les costumes furent jugés beaucoup trop grands et, selon certains critiques, cassaient la gestuelle du ballet.

Satie s’agace de la critique désobligeante de Jean Poueigh, qui parle d'« outrag[e] au goût français » et qui était pourtant venu lui présenter ses félicitations en loge ; Satie lui envoie alors sur une carte postale: "Monsieur et cher ami, vous n'êtes qu'un cul, mais un cul sans musique". 

Cela vaut à Satie une forte condamnation qui est suspendue par un accord à l'amiable grâce à l'entregent de diverses personnalités. Contre toute attente ce scandale consolide sa réputation.

Voici de larges extraits du ballet par Michel Plasson.




Fin 1896, la popularité et la situation financière de Satie étaient au plus bas. Claude Debussy, dont la réputation grandissait à cette époque, décida de faire un effort pour attirer l'attention du public sur le travail de son ami en orchestrant les Gymnopédies.

Voici la 1ère Gymnopédie.



La troisième Gymnopédie.



La Belle Excentrique - Grande Ritournelle.



La Belle Excentrique - Cancan Grand-Mondain.



Le Piccadilly.





Relâche, Vexations, Musique d'Ameublement - Ensemble Ars Nova




Vexations est une œuvre pour piano composée par Erik Satie en 1893. En tête de partition, le compositeur a écrit cette "Note de l'auteur":

"Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses".

Le motif de la partition se joue en deux minutes environ, selon l'interprétation. L'exécution complète de l'œuvre peut ainsi varier entre quatorze et vingt-quatre heures, voire vingt-huit ou trente-cinq, selon le tempo adopté par le ou les interprètes.

Vexations a été qualifié par le Livre Guinness des records de "plus longue pièce pour piano de l'histoire".

Bien que composée en 1893, l’œuvre ne fut ni imprimée ni jouée du vivant d'Erik Satie. Le compositeur américain John Cage fut le premier à prendre l'initiative d'une interprétation intégrale de l'œuvre, dix pianistes (dont le jeune John Cale) se relayant pour la jouer pendant plus de 18 heures, en 1963, à New York. 

Le New York Times présenta ainsi le concert : "Une longue, longue, longue nuit (et journée) au piano [...] Quoi qu'il en fût, cela a fait l'histoire musicale".

Dans l'album choisi, la pièce est interprétée par Michel Dalberto et dure moins de 10 minutes.

Voici un extrait de 11 minutes par Igor Levit. On remarquera que cette musique a le côté obsessionnel de la musique répétitive dont elle est le précurseur.



"Relâche" est un ballet français, conçu en 1924 à Paris, écrit par Francis Picabia, également décorateur, chorégraphié par Jean Börlin, le tout sur une musique d'Erik Satie.

S'inscrivant dans la série des Ballets suédois dits "instantanéistes", ce spectacle comprend "deux actes, un entracte cinématographique (Entr'acte de René Clair) et la queue du chien".

Voici la musique pour le film Entr'acte, intitulée Cinéma, interprétée par Marius Constant à la tête de l'Ensemble Ars Nova.



Voici un autre extrait de l'album, "La Sonnerie pour réveiller le bon gros roi des singes", composée en 1921, il s'agit d'un duo de trompettes.



"Musique d'ameublement" (Tapisserie en fer forgé, Carrelage phonique; Sons industriels; Tenture de cabinet préfectoral; cinéma...) est un concept musical provocateur basé sur la composition d'une musique d'ambiance, associée à un usage (musique utilitaire) et jouée à l'origine par des interprètes en direct, conçu par Erik Satie en 1917.

Voici une des pièces extraites de cette oeuvre, la "Tenture de cabinet préfectoral" par l'Ensemble Ars Nova dirigé par Marius Constant.





Tout Satie!



Si en écoutant les extraits musicaux que j'ai partagés avec vous, vous avez été conquis par Satie, alors cet album est pour vous.

"Tout Satie!", comme son nom l'indique, réunit, en 10 CDs, l'intégrale de la musique de Satie.

En ce qui concerne la partie piano, l'intégrale fait surtout appel aux enregistrements d'Aldo Ciccolini et Anne Queffélec.

J'ai sélectionné trois œuvres qui n'apparaissent pas (ou pas dans des versions sélectionnées) dans les autres albums choisis.

Voici, pour commencer, la Gnossienne No. 7. Le "Fils des étoiles" musique de scène (composée en 1891) contient une Gnossienne dans le premier acte. Pour celui-ci, la dénomination de "Gnossienne" est certainement de Satie (comme il ressort de la correspondance avec son éditeur).

À la suite de cela, cette musique est parfois connue comme la 7e Gnossienne. Cette partie du Fils des étoiles a été réutilisée dans le premier mouvement de Trois morceaux en forme de poire.

La voici interprétée par Jean-Yves Thibaudet.




"Vieux Sequins et Vieilles Cuirasses" est un recueil de trois pièces pour piano d'Erik Satie, composé en 1913. 

Le cahier, d'une durée moyenne d'exécution de quatre minutes environ, comprend trois mouvements:
  1. Chez le marchand d'or (Venise, XIIIe siècle) — Peu vite, dédié à Ricardo Viñes, daté du 9 septembre. Cite la Ronde du veau d'or, extrait de Faust de Gounod.
  2. Danse cuirassée (Période grecque) — Modéré, dédié à M.-D. Calvocoressi, daté du 17 septembre. Cite le chant militaire La Casquette du père Bugeaud.
  3. La défaite des Cimbres (Cauchemar) — Sans trop de mouvement, dédié à Émile Vuillermoz, daté du 14 septembre. Cite Malbrough s'en va en guerre et le Bon Roi Dagobert.
Voici une version d'Aldo Ciccolini.

1. Chez le marchand d'or.



2. Danse cuirassée.




3. La défaite des Cimbres.




Je termine cet aperçu de la musique de Satie par une mélodie: "La Diva de l'Empire".

"La Diva de l'Empire" fut composée en 1904 pour Paulette Darty, la "reine de la valse lente". Elle date de la période café-concert d'Erik Satie, durant laquelle il est pianiste au cabaret Le Chat Noir. La chanson est sur un texte de Dominique Bonnaud et Numa Blès.

La pièce est un cake-walk, dans lequel la voix chante une mélodie de style ragtime, en sol majeur, sur un accompagnement au piano. Le titre de la chanson est une référence au théâtre de music-hall londonien The Empire, situé Leicester Square, dont le promenoir était réputé être un lieu de rencontres entre dandys et prostituées de luxe.

J'ai sélectionné une version qui ne se trouve pas dans "Tout Satie!" mais qui me paraît être la meilleure. La chanson est interprétée par Eva Lind (sur un album intitulé "Bijoux").





mardi 12 juillet 2022

Stravinsky

 

Igor Stravinsky
Igor Stravinsky par Jacques-Emile Blanche (1915)


Stravinsky


Igor Fiodorovitch Stravinsky, né le 17 juin 1882 à Oranienbaum en Russie et mort le 6 avril 1971 à New York aux États-Unis, est un compositeur, chef d'orchestre et pianiste russe (naturalisé français en 1934, puis américain en 1945) de musique moderne, considéré comme l'un des compositeurs les plus influents du XXe siècle. 

Stravinsky a profondément marqué son époque par sa musique très originale. Il a abordé plusieurs styles :  musique nationale russe, néoclassicisme, musique sérielle. 

Il a révolutionné la musique de ballet avec "L'Oiseau de feu" (1910), "Petrouchka" (1911) et son œuvre maîtresse "Le Sacre du printemps" (1913) qui eurent une influence considérable sur la façon d'aborder le rythme en musique classique. 

Stravinsky fut un des premiers compositeurs classiques à intégrer le Jazz dans ses compositions. 

Il nous laisse un peu plus de 130 œuvres.

Je suis très attaché à ce compositeur original et assez unique dans son genre dans la musique classique. Je dirais que son originalité réside surtout dans la concision de ses œuvres, mais également dans sa formidable orchestration (en héritier de Rimsky-Korsakov) et sa maîtrise exceptionnelle des rythmes. On n'avait rien entendu de tel avant lui.

Sur les 134 oeuvres du compositeur, j'en ai sélectionné 47. Je vous les présente dans cette playlist, classées chronologiquement.

Voici les liens vers la playlist.

Spotify:
Qobuz:
Apple Music:
Deezer:


D'autre part, je vous propose une sélection de mes albums préférés de Stravinsky. 

Les albums sont classés par date de composition de la première œuvre choisie. A noter que comme Stravinsky remanie très fréquemment ses œuvres, j'ai choisi l'année de composition de la première mouture.




1907 - Symphonies - Alexander Gibson & Neeme Järvi



1907 est l'année de composition de sa Symphonie No. 1, qui est également son opus numéro 1. On y ressent encore l'influence d'autre compositeurs tels que Glazunov, Tchaïkovsky, mais par dessus tout son professeur Rimsky-Korsakov.

La partition est en quatre mouvements et dure un peu plus de 30 minutes. En voici une version par le Tbilisi Symphony Orchestra dirigé par Vakhtang Kakhidze.



La Symphonie en Ut composée entre 1938 et 1940 est d'une toute autre nature. Elle correspond à la période néo-classique de Stravinsky. Et bien qu'il ait connu de nombreux drames en cette année 1938 (il perd successivement sa fille aînée, sa femme et sa mère), sa symphonie n'exprime en rien sa situation personnelle.

En voici une version pleine de légèreté par Vasily Petrenko à la tête du Royal Philharmonic Orchestra.



La Symphonie en trois mouvements a demandé 3 années pour être écrite, de 1942 à 1945. Elle est beaucoup plus ambitieuse que la symphonie en Ut et fait appel à un effectif orchestral plus étendu. Stravinsky y fait preuve d'un étonnant jeu sur les rythmes, et utilise le piano comme instrument percussif.

De nouveau, voici Vasily Petrenko à la tête du Royal Philharmonic Orchestra.



Enfin, voici la Symphonie pour instruments à vents. Un pièce d'environ 10 minutes, composée par Stravinsky en 1920 et correspondant donc à sa période russe.

Et pour la version choisie, on continue avec Vasily Petrenko à la tête du Royal Philharmonic Orchestra.





1908 - Le Rossignol & Renard - Natalie Dessay et James Conlon


Le Rossignol est un opéra en trois actes composé par Igor Stravinsky sur un livret du compositeur et de Stepan Mitoussov d'après le conte d'Andersen "Le Rossignol et l'Empereur de Chine". 

Il a été créé le 26 mai 1914 à l'Opéra de Paris au cours de la saison organisée par Diaghilev. Le début de sa composition remonte à 1908.

Extraite de l'acte 2, voici la Chanson du rossignol. "Ah, joie, emplis mon cœur" interprétée divinement par Natalie Dessay.




Cet album contient également "Renard". C'est "une histoire burlesque chantée et jouée" composée par Igor Stravinsky en 1916-1917, mais qui ne fut jouée pour la première fois qu'en 1922. 

Les textes ont été montés par le compositeur d'après le recueil de Contes populaires russes d'Alexandre Afanassiev. Le texte français a été rédigé par Charles-Ferdinand Ramuz, mais l'oeuvre est le plus souvent chantée en russe. Ce ballet met en scène un renard qui s'attaque à un coq en se déguisant en religieuse, puis en mendiante. Un chat et un bouc tentent de l'en empêcher et finiront par le tuer.

L'oeuvre comprend quatre rôles chantés: le coq (ténor), le renard (ténor), le bouc (basse) et le chat (basse).

En voici une version interprétée par l'Ensemble InterContemporain dirigé par Duncan Ward. Une pièce savoureuse et jubilatoire dans le style des bateleurs. 




1910 - L'Oiseau de Feu - François-Xavier Roth



En 1909-1910, Stravinsky compose à la demande de Diaghilev, pour les Ballets russes, un ballet inspiré d’un conte russe : "L’Oiseau de feu". 

En voici l’argument : "Ivan Tsarévitch voit un jour un oiseau merveilleux, tout d’or et de flammes ; il le poursuit sans pouvoir s’en emparer, et ne réussit qu’à lui arracher une de ses plumes scintillantes. Sa poursuite l’a mené jusque dans les domaines de Kachtcheï l’Immortel, le redoutable demi-dieu qui veut s’emparer de lui et le changer en pierre, ainsi qu’il le fit déjà avec maints preux chevaliers. 

Mais les filles de Kachtcheï et les treize princesses, ses captives, intercèdent et s’efforcent de sauver Ivan Tsarévitch. Survient l’Oiseau de feu, qui dissipe les enchantements. Le château de Kachtcheï disparaît, et les jeunes filles, les princesses, Ivan Tsarévitch et les chevaliers délivrés s’emparent des précieuses pommes d’or de son jardin." 

La partition de Stravinsky est irisée, et les timbres utilisés sont d’une grande nouveauté. Ce premier ballet rend le compositeur aussitôt célèbre. 

Ma version favorite est celle de François-Xavier Roth dirigeant l’orchestre "Les Siècles".

Voici en extrait la Danse Infernale du roi Kachtcheï :





1911 - Petrouchka - Pierre Boulez



Petrouchka, sous-titré scènes burlesques en quatre tableaux, est un ballet composé en 1910-1911. Le livret (l'histoire) a été imaginé par Alexandre Benois et Igor Stravinsky. 

Petrouchka a été créé le 13 juin 1911 au théâtre du Châtelet par les Ballets russes sur une chorégraphie de Michel Fokine et sous la direction de Pierre Monteux. Alexandre Benois en était le directeur artistique ainsi que l'auteur des décors et des costumes. 

Un an après "L’Oiseau de feu" et deux ans avant "Le Sacre du printemps", Stravinsky livre l’une de ses grandes partitions pour les Ballets russes. Le compositeur russe a eu la vision d’un pantin "subitement déchaîné qui, par ses cascades d’arpèges diaboliques, exaspère la patience de l’orchestre, lequel à son tour lui réplique par des fanfares menaçantes". Ce morceau burlesque et génial a entraîné une véritable révolution musicale.

Mon choix au disque va vers l'interprétation de Pierre Boulez à la tête du Cleveland Orchestra.

En vidéo, voici la "Danse Russe" dirigée par Valery Gergiev:




1913 - Le Sacre du Printemps - Riccardo Chailly



En 1913, Stravinsky compose le plus révolutionnaire de ses ballets: "Le Sacre du Printemps", sous-titré "Tableaux de la Russie païenne en deux parties". 

Il est chorégraphié originellement par Vaslav Nijinski pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev. Sa création au théâtre des Champs-Élysées à Paris, le 29 mai 1913 a provoqué un des plus grands scandales de la musique. En effet, on peut penser que les spectateurs ont été plus que surpris par la nouveauté du langage musical utilisé par Stravinsky, ainsi que par la complexité rythmique de l’œuvre. 

Je me rappelle avoir lu le "Igor Stravinsky" d’André Boucourechliev ; il consacre un chapitre entier à l’explication des rythmes dans le "Sacre du Printemps". N'étant pas musicien, je suis resté complètement perdu par ces explications !

Certains passages de cette oeuvre me font le même effet que la "Musique pour cordes, percussion et célesta" de Bartok : quand j’écoute les "augures printaniers" je suis pris d’une envie irrésistible de danser. Stravinsky nous offre dans ce passage une véritable danse tribale. 

En écoutant attentivement l’œuvre, j’ai remarqué une ressemblance frappante entre l’Introduction de la 2ème partie (Le Sacrifice) et un passage de la musique du film Star Wars : "The Dune Sea of Tatooine". Ce qui semble confirmer que Stravinsky a largement influencé John Williams. 

On peut d’ailleurs considérer la musique du "Sacre" comme très cinématographique, il suffit pour s’en persuader de se rappeler sa réutilisation dans le film "Fantasia" de Walt Disney, dans le passage sur la terre primitive et les dinosaures. 

En 2017 est sortie une fantastique version du "Sacre" dirigée par Riccardo Chailly à la tête du Lucerne Festival Orchestra. En outre, cet album contient le premier enregistrement mondial du "Chant funèbre", qui était considéré comme perdu et fut retrouvé seulement en 2015.

Pour le centenaire de la création du "Sacre", la chaîne Arte a diffusé le ballet reconstitué dans la chorégraphie originale de Nijinski, dirigé par Valery Gergiev. 

Voici une version par Mikko Franck à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France:





1917 - Le Chant du Rossignol - Pierre Boulez



"Le Chant du rossignol" est un poème symphonique en trois parties, qu'Igor Stravinsky adapte en 1917 pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev d'après son opéra "Le Rossignol", créé en 1914. 

La première représentation en ballet n'a toutefois lieu qu'en 1920. L'œuvre reprend l'essentiel des deuxième et troisième actes de l'opéra et dure environ vingt minutes.

Mon choix se porte sur cet album de Pierre Boulez à la tête du Cleveland Orchestra, qui fournit un couplage avec la suite de L'Histoire du Soldat, le Scherzo Fantastique et le Roi des Etoiles.

Voici "Le Chant du Rossignol" dirigé par John Adams à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France.



Voici le "Roi des Etoiles" ("Zvezdolikiy" en russe, littéralement "Celui qui a le visage comme une étoile"), une cantate pour chœur d'hommes et grand orchestre composée par Igor Stravinsky à Paris entre 1911 et 1912 sur un poème de Constantin Balmont.





1917 - Les Noces - Robert Craft




Les Noces sont des "scènes chorégraphiques russes avec chant et musique" composées par Igor Stravinsky entre 1914 et 1917, mais dont l'instrumentation n'a été achevée qu'en 1923.

L'oeuvre relate un mariage paysan russe et est composée de quatre tableaux s'enchaînant sans interruption, durant environ vingt-cinq minutes :
  1. La tresse
  2. Chez le marié
  3. Le départ de la mariée
  4. Le repas de noces
Au disque, je vous propose la version dirigée par Robert Craft qui fut le fidèle assistant de Stravinsky.

Sous Youtube, je vous propose la version dirigée par Valery Polyansky avec Marianna Asvoynova (soprano), Lyudmila Kuznetsova (mezzo-soprano), Maxim Sazhin (ténor) et Ruslan Rozyev (basse).




1918 - L'Histoire du Soldat - Charles Dutoit





"L’histoire du soldat" est née en 1918 de la rencontre d’Igor Stravinsky, réfugié en Suisse dans le canton de Vaud pour échapper aux horreurs de la première guerre mondiale, avec Charles Ferdinand Ramuz écrivain suisse francophone. 

S’inspirant d’un recueil de contes russes d’Afanassiev, "Le déserteur et le diable", Ramuz conçoit un livret qui dépasse le caractère spécifiquement russe du texte en lui donnant une portée universelle qui rejoint le mythe faustien. 

L’argument est le suivant : Un jeune soldat qui rentre chez lui en permission rencontre le diable et lui vend son violon – c’est à dire son âme – en échange d’un livre qui prédit l’avenir et qui le rendra très riche. Sa nouvelle condition d’homme libre et fortuné finira malheureusement par lui être fatale. 

Sept musiciens et leur chef accompagnent trois comédiens. Ce ballet-opéra de chambre dont l'ambiance emprunte au cirque ambulant et au jazz comporte plusieurs courts tableaux dont certains sont inspirés de diverses danses : tango et même ragtime. 

En disque, j'ai choisi la version dirigée par Charles Dutoit avec François Berthet, François Simon et Gérard Carrat à la narration, parce que les narrateurs utilisent une diction inspirée par le parler suisse du canton de Vaud.

"L'histoire du soldat" est une des grandes réussites de Stravinsky. La musique en est très savoureuse et on se délecte à écouter l'histoire fantastique de ce soldat piégé par le diable.

Voici quelques extraits de cette version sous Youtube.



On notera que l'œuvre de Stravinsky a influencé un de mes artistes préférés, Frank Zappa. 

Zappa, fidèle à son habitude, nous livre une version débridée de la marche royale de l'histoire du soldat:



Pour comparer, réécoutons la version originale de Stravinsky:





1918 - Ragtime - Chamber Works & Rarities - Ashkenazy & Dutoit



J'ai sélectionné ce double album car il vous donne la possibilité d'écouter certaines des meilleures œuvres de musique de chambre de Stravinsky:
  • Ragtime
  • Octuor
  • 3 Pièces pour clarinette seule
  • Suite de l'Histoire du Soldat
  • Pastorale
  • Concertino
  • Septuor
  • Epitaphium
  • Concerto pour 2 pianos
  • Concerto "Dumbarton Oaks"
  • Danses concertantes
  • Concerto en ré "de Bâle"
  • Quatre études
  • Quatre impressions norvégiennes
  • Suites 1 & 2
C'est vous dire que vous avez ainsi une vue quasi complète sur la musique de chambre de Stravinsky et en particulier sur sa musique influencée par le Jazz.

A noter que si vous êtes intéressé par les morceaux de Stravinsky influencés par le Jazz, l'un des meilleurs albums est celui dirigé par Stravinsky lui-même. Je ne sais pas s'il est encore distribué, mais on le trouve dans le coffret en 22 CD "Works of Igor Stravinsky" chez Sony (il s'agit du CD numéro 12).

Le "ragtime" est un ancêtre du jazz et a connu ses lettres de noblesse avec le compositeur Scott Joplin. L'oeuvre de Stravinsky est pour 11 instruments.

Voici la version dirigée par Vladimir Ashkenazy, on y remarquera l'utilisation d'un cymbalum.



Voici le concertino pour 12 instruments:



Les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France jouent l'Octuor pour instruments à vent d'Igor Stravinsky.





1920 - Pulcinella - Christopher Hogwood



Pulcinella est certainement le ballet le plus charmant composé par Stavinsky dans sa période néo-classique. En l’occurrence c'est aux maîtres du baroque qu'il rend hommage ici en réutilisant du matériel musical de Pergolèse et de Domenico Gallo.

Christopher Hogwood, dans cet album, sait bien donner le ton baroque à ces pièces charmantes et enjouées. De plus, il nous permet d'entendre les œuvres originales dont Stravinsky s'est inspiré.

En 1922, Stravinsky en tire une suite qui dure un peu plus de 20 minutes. C'est cette dernière que j'ai sélectionnée dans une interprétation de François Leleux à la tête du Frankfurt Radio Symphony Orchestra. Je vous recommande mon passage favori le "Vivo" à 17:17.




1924 - Musique pour piano et orchestre - Steven Osborne & Ilan Volkov




J'ai sélectionné un album qui permet d'entendre l'intégrale de la musique pour piano et orchestre de Stravinsky avec Steven Osborne au piano et Ilan Volkov à la direction du BBC Scottish Symphony Orchestra.

J'ai sélectionné 3 œuvres de l'album.

Tout d'abord le concerto pour piano et instruments à vent. Composé en 1924, ce concerto fait partie de la période néo-classique et a cette particularité que l'orchestre n'est constitué que d'instruments à vent. On retrouvera ce type de formation notamment dans le concerto de chambre d'Alban Berg.

En voici une version par le University of Michigan Symphony Band dirigé par Michael Haithcock avec Liz Ames au piano. On remarquera que certains passages sonnent jazzy.




Le Capriccio pour piano et orchestre a été écrit par Igor Stravinsky à Nice en 1926-1929. La partition a été corrigée en 1949.

Comme son Concerto pour piano et instruments à vent, il fait partie des pièces alimentaires que le compositeur a écrites durant la même période, conçues pour qu'il en soit lui-même l'interprète au clavier. Malgré tout, ce concerto est remarquable et va plus loin qu'une commande de nécessité.

La pièce a été créée le 6 décembre 1929 par Ernest Ansermet et Stravinsky au piano. Elle comporte trois mouvements devant être joués sans discontinuité. Son exécution dure un peu moins de vingt minutes.
  • Presto
  • Andante rapsodico
  • Allegro capriccioso ma tempo giusto
J'ai sélectionné une superbe version interprétée par la talentueuse Yulianna Avdeeva dirigée par Kent Nagano.



On termine avec les "Mouvements pour piano et orchestre", une pièce orchestrale en cinq mouvements. Composée en 1959, elle est créée le 10 janvier 1960 sous la direction du compositeur avec Margrit Weber au piano. 

L'ouvrage, d'une grande richesse rythmique, fait partie de la période sérielle. En 1963 à New York George Balanchine en a tiré une adaptation chorégraphique.

J'ai sélectionné la version avec le Mahler Chamber Orchestra dirigé par George Benjamin et Tamara Stefanovich au piano.




1928 - Le Baiser de la Fée - Fritz Reiner



Le "Baiser de la fée" ("The Fairy's Kiss") est un ballet néo-classique en quatre scènes. S'inspirant du conte d'Andersen "La Reine des neiges", Stravinsky en a fait un hommage à Tchaïkovski, empruntant des thèmes aux œuvres de jeunesse du compositeur.

Chorégraphié par Bronislava Nijinska, le ballet est créé à l'Opéra de Paris le 27 novembre 1928. Les décors et costumes sont d'Alexandre Benois et les principaux interprètes en sont Ida Rubinstein, Anatole Vilzak et Ludmilla Schollar.

J'ai sélectionné un album au couplage original puisqu'il nous permet d'entendre une oeuvre peu connue, "Mysterious Mountain" d'Hovhaness et la suite de Lieutenant Kijé de Prokofiev. L'album nous livre ici le "Divertimento" extrait du "Baiser de la fée".

Sous Youtube, j'ai sélectionné la version de Fritz Reiner.





1930 - Symphonie de Psaumes - Robert Craft



L'album suivant est à nouveau dirigé par Robert Craft. Il s'agit d'un ensemble de musiques sacrées. La plus célèbre de ces œuvres est la "Symphonie de Psaumes" composée en 1930.

Stravinsky avait en tête une symphonie chorale sur les Psaumes depuis un certain temps: il choisit d'écrire pour un ensemble choral et instrumental où les deux éléments sont à égalité. 

Pratiquant régulier depuis 1926 après des années d'indifférence à la religion orthodoxe, il choisit alors le populaire "Laudate Dominum" tant pour son universalité que pour sa thématique qui est la louange de Dieu par la musique.

La partition porte l'inscription suivante : "Cette symphonie composée à la gloire de DIEU est dédiée au Boston Symphony Orchestra à l'occasion du cinquantième anniversaire de son existence".

La particularité de cette pièce est le mélange volontaire que fait Stravinsky par rapport aux traditions. En effet, une symphonie est de nature profane (sans lien avec la religion) et le psaume appartient au domaine du sacré. Cette pièce est une nouveauté car elle brise les coutumes. 

La création a lieu à Bruxelles lors d'un Festival Stravinsky le 13 décembre 1930, le chœur et l'orchestre de la Société Philharmonique étant dirigés par Ernest Ansermet; elle est jouée six jours plus tard à Boston par ses commanditaires.

Il s'agit d'une oeuvre imposante et comme souvent avec les œuvres chorales, impressionnante. Je vous laisse juger en écoutant cette version du Chœur de l'Orchestre de Paris sous la direction de Daniel Harding.





1931 - Concerto pour Violon - Itzhak Perlman




Le concerto pour violon de Stravinsky est certainement une de ses meilleures œuvres néo-classique. 

C'est à la demande du violoniste américain Samuel Dushkin, qu'Igor Stravinsky entreprend la composition de son Concerto en ré majeur pour violon et orchestre. L'œuvre est créée à Berlin, le 23 octobre 1931, par Dushkin sous la direction du compositeur.

Stravinsky a choisi une forme en quatre mouvements :
  1. Toccata
  2. Aria I
  3. Aria II
  4. Capriccio.
Les deux mouvements extrêmes exigent une très grande virtuosité tant de la main gauche que de l'archet : leurs tempos vifs encadrent les deux arias centrales plus lentes. L'écriture est contrapuntique, dans le style de Jean-Sébastien Bach et brillante dans celui de Carl Maria von Weber.

J'ai choisi sous Youtube la version interprétée par Patricia Kopatchinskaja dirigée par Andrés Orozco-Estrada. Patricia Kopatchinskaja y met une fougue et un plaisir de jouer peu communs. On remarquera au passage la robe très originale de la soliste, que l'on croirait sortie du "Sacre du Printemps" !





1936 - Jeu de Cartes - Ilan Volkov



L'album suivant est composé de trois ballets: Jeu de Cartes (1936), Orpheus (1947) et Agon (1957).

Jeu de cartes, ballet en trois donnes est un ballet néo-classique d'Igor Stravinsky, composé en 1936-1937, sur un livret du compositeur et une chorégraphie de George Balanchine.

Le ballet montre comment les cartes les plus élevées, c'est-à-dire les personnes les plus importantes, peuvent parfois être défaites par de petites cartes. La partition comporte en exergue la morale de la fable "Les Loups et les Brebis" de Jean de La Fontaine.

En voici un court extrait dirigé par Ivan Fischer à la tête du Berliner Philharmoniker:



Voici un extrait d'Orpheus, le solo des Cors, dirigé par Karina Canellakis.



Voici un document historique, Stravinsky qui dirige le début du ballet Agon en 1957:




1942 - Stravinsky in America - Michael Tilson Thomas



L'album "Stravinsky in America" contient un pot-pourri d'oeuvre de Stravinsky tels que Circus Polka (1942), Scherzo à la russe, le concertino pour 12 instruments, le ballet Agon et les variations Aldous Huxley in memoriam.

Composée en 1942 pour une commande de George Balanchine pour un numéro d'éléphants du cirque Barnum, la "Circus Polka" est créée le 13 janvier 1944. David Ruskin en tira une version pour orchestre d'harmonie prévue pour les représentations au cirque.



Composé à l'origine pour un orchestre de jazz, celui de Paul Whiteman en 1944 et, réécrit en 1945 pour orchestre symphonique, le "Scherzo à la russe" est créé le 22 mars 1946 à San Francisco sous la direction du compositeur. Le titre est celui d'une œuvre pour piano de Tchaïkovski.



Les "Variations Aldous Huxley in memoriam" font partie de la période sérielle de Stravinsky.




1945 - Ebony Concerto - Pierre Boulez




On termine cette sélection avec ce superbe album de Pierre Boulez qui interprète des concertos pour orchestre de chambre de Stravinsky et Alban Berg.

L'Ebony Concerto pour clarinette et orchestre d'harmonie est un concerto grosso d'Igor Stravinsky composé en 1945 pour le clarinettiste Woody Herman. Il est créé à New York le 25 mars 1946 par le dédicataire et First Herd, son orchestre de jazz dirigé par Walter Hendl.

L'Ebony Concerto fait partie des meilleures œuvres influencées par le Jazz.

En voici une version par Simon Rattle dirigeant le London Symphony Orchestra et Chris Richards à la clarinette.



La même oeuvre par l'Ensemble InterContemporain dirigé par Pierre Boulez: