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mercredi 17 août 2022

Stevie Wonder

 

Stevie Wonder


Stevie Wonder

Stevie Wonder, né Stevland Hardaway Judkins le 13 mai 1950 à Saginaw (Michigan), est un auteur-compositeur-interprète américain. Aveugle depuis sa petite enfance, il est considéré comme l'un des plus grands artistes américains de la seconde moitié du xxe siècle et possède l'une des carrières les plus prolifiques de la musique populaire américaine.

Sa discographie, commencée dès l'âge de 11 ans, compte en 2021 pas moins de 23 albums studio, trois albums de musique de film, quatre albums live, onze compilations, et 101 singles. Par ailleurs, aux États-Unis, 49 de ses chansons ont figuré dans le Top 40 et 10 à la première place du Billboard Hot 100. Au total dans le monde, 32 de ses singles ont été no 1 des ventes de disques.

Stevie Wonder a vendu plus de 100 millions d'albums, a reçu 25 Grammy Awards, et remporté en 1984 un Oscar de la meilleure chanson originale pour "I Just Called to Say I Love You", au cours d'une carrière qui s'étend sur plus d'un demi-siècle et qui aborde de nombreux genres musicaux (comme le funk, le rhythm and blues, la soul ou encore la pop).

On notera également que Stevie Wonder est un excellent harmoniciste.

Ce que j'aime profondément chez cet artiste ce sont sa voix (il est capable de monter haut dans les aiguës et de tenir une note sur un temps immensément long), ses superbes mélodies, son humilité, son amour de l'être humain et son indéfectible bonne humeur.



D'autre part, je vous propose une sélection de ses meilleures chansons, un choix parmi ses meilleures prestations scéniques et quelques singles récents.

Je me suis permis de sauter le début de sa carrière dans les années 60, pour faire le focus sur la partie la plus intéressante: les années 70 et 80. Par contre, en ce qui concerne les prestations scéniques, j'ai souvent fait le choix de prendre les versions live les plus récentes, celles qui ont la meilleure qualité de son et d'image.

Cet article est divisé en deux parties. J'explore tout d'abord les morceaux issus des albums studios, je vous propose ensuite quelques prestations scéniques remarquables.

Albums Studio

1970 - Signed, Sealed & Delivered



Signed, Sealed & Delivered est le premier album qu'il produit lui-même. Et l'on ressent que c'est un album plus personnel avec de nombreuses compositions originales.

Sur cet album, j'ai choisi la chanson éponyme. Dans cette chanson, Stevie Wonder revient vers sa copine et se met à sa merci. C'est un sentiment similaire à la chanson "Ain't Too Proud To Beg" des Temptations. Le gars a probablement fait quelque chose de stupide - comme tromper son amie - mais maintenant il est prêt à devenir une véritable lavette si elle veut juste bien le reprendre: "signé, scellé et livré", j'aurais envie d'ajouter "clefs en main". 

Il a écrit cette chanson avec les auteurs-compositeurs de la Motown Lee Garrett et Syreeta Wright. Il y a aussi un quatrième nom aux crédits: Lula Mae Hardaway, la mère de Stevie, qui a fourni quelques idées.

Voici une vidéo tirée d'une émission télé de l'époque:




1971 - Where I'm Coming From



Where I'm Coming From est le 13e album studio réalisé par Stevie Wonder. Il est sorti le 12 avril 1971 sur le label Motown Records. Les chansons ont été écrites avec Syreeta Wright, sa première femme. C'est le premier album pour lequel Stevie Wonder a le plein contrôle artistique, et le dernier produit sous son premier contrat avec Motown.

On sent dans cet album que Stevie Wonder commence a atteindre la pleine maturité de son talent.

J'ai choisi l'une de ses plus belles chansons "Never dreamed you'd leave in summer". Il s'agit également d'une de ses chansons les plus tristes: la fin inattendue d'un amour. Stevie Wonder y exprime toute la surprise et la stupéfaction de l'amant éconduit.

Voici la version de l'album, écoutez-bien combien de temps Stevie tient sur la dernière note sur le mot "Stay", c'est absolument époustouflant.





1972 - Talking Book




Outre le fait que l'album Talking Book est excellent, il contient deux grands tubes de Stevie: "You Are the Sunshine of My Life" et "Superstition".

Stevie Wonder a remporté deux Grammy Awards en 1973 avec la chanson "Superstition": meilleure performance vocale Rhythm and Blues masculine et meilleure chanson de Rhythm and Blues. 

L'album a été désigné 90e meilleur album de tous les temps par le magazine Rolling Stone en 2003.

J'ai sélectionné une version live donnée en 2012 au Java Jazz Festival. A noter que les musiciens qui accompagnent Stevie Wonder sont tous des pointures, en particulier on remarquera parmi les choristes Judith Hill (une artiste à laquelle j'ai consacré un article).




1973 - Innervisions



Avec cet album Stevie Wonder a remporté deux Grammy Awards en 1973 (meilleure performance vocale Pop masculine et meilleur album de l'année) et un en 1974 (meilleure chanson Rhythm and Blues pour "Living for the City"). 

Innervisions a été classé quatrième au Billboard Pop Albums Chart et premier au Billboard Black Albums Chart. L'album a été désigné 23e meilleur album de tous les temps par le magazine Rolling Stone en 2003.

Le morceau "Higher Ground" a été repris par les Red Hot Chili Peppers sur leur quatrième album Mother's Milk. Le morceau "Don't You Worry 'Bout A Thing" a été repris par le groupe d'acid jazz Incognito sur leur album Tribes, Vibes and Scribes.

Voici une version live de 1974 de "Higher Ground". Guidé par un mélange de moralité chrétienne et de mysticisme astrologique, Wonder croyait qu'il écrivait une "chanson spéciale" dont les paroles suggéraient un jour de jugement à venir. "J'ai tout fait en trois heures", a-t-il déclaré au magazine Q. "C'était presque comme si je devais le faire. Je sentais que quelque chose allait se passer. Je ne savais pas quoi ni quand, mais j'ai ressenti quelque chose."

Quand il a eu 21 ans, Wonder a renégocié son accord avec Motown Records, prenant le contrôle de ses enregistrements en créant ses propres sociétés de production et d'édition. 

En 1971, il fait équipe avec les ingénieurs Robert Margouleff et Malcolm Cecil et entame un cycle constant d'enregistrements dans lesquels il joue lui-même de la plupart des instruments. 

Sur cette piste, Wonder est le seul musicien crédité, répertorié comme jouant du clavinet Hohner, de la batterie et de la basse Moog.




Dans ce hit soul latin intitulé "Don't you worry 'bout a thing" ("Ne t'inquiète pas pour une petite chose"), Stevie Wonder encourage sa femme à explorer sans crainte tout ce que la vie a à offrir, car il sera toujours à ses côtés. 

Bien qu'il prétende parler couramment l'espagnol dans l'intro, en disant "Todo está bien chévere" ("Tout est vraiment génial" ou "Tout est cool"), Wonder ne connaissait pas vraiment la langue.

Voici une version live de 2008 à Londres qui insiste sur les rythmes et les percussions latino.




1976 - Songs in the Key of Life



Cet opus est considéré par les critiques et les fans comme l'un de ses deux chefs-d'œuvre avec Innervisions. Le magazine Rolling Stone a placé l'album à la 4e place de sa liste des "500 meilleurs albums de tous les temps" en 2020.

L’album aborde plusieurs genres musicaux : soul, rhythm and blues, pop, et même jazz-rock (l'instrumental Contusion avec sa partie de guitare électrique évoquant John McLaughlin). Le pianiste Herbie Hancock assure une partie de piano électrique sur la chanson As. Le titre Sir Duke est un hommage à Duke Ellington, tandis que Isn't She Lovely? est dédié à sa fille Aisha qui venait de naître.

Songs in the Key of Life a eu de nombreuses distinctions et a donné lieu à plusieurs tubes, souvent repris ou échantillonnés au cours des décennies suivantes. Stevie Wonder a reçu quatre Grammy Awards pour cet album en 1976 (meilleure performance vocale Pop masculine, meilleure performance vocale Rhythm and Blues masculine, album de l'année et producteur de l'année).

C'est selon moi le meilleur album de Stevie Wonder, et un des meilleurs albums de tous les temps toutes catégories confondues.

Anecdote: Il semble que durant la réalisation de cet album, Frank Zappa a prêté un de ses synthétiseurs à Stevie Wonder. En tout cas, il y a du avoir une connexion entre les deux artistes, car Frank Zappa apparaît dans la liste des personnes remerciées par Stevie Wonder sur le livret de l'album.

J'ai extrait un certain nombre de tubes de cet album.

Voici le morceau "I Wish", probablement le meilleur titre funk de Stevie.



Voici une version live de 2016 à Hyde Park de "Isn't she lovely?"




"Pastime Paradise" se démarque certainement du reste de l'œuvre de Stevie Wonder en termes d'ambiance et de message. Quand on pense à Wonder, le mot "joie" est le premier qui vient à l'esprit, mais dans "Pastime Paradise", les cordes du synthétiseur - l'une des premières tentatives inédites d'utiliser ce type de synthèse de cordes dans une chanson - créent une atmosphère anxiogène, justifiée par les paroles qui ont un ton constamment négatif jusqu'à la dernière strophe. 

Une combinaison de problèmes, de la race et de la religion à l'économie, est vaguement évoquée en utilisant des mots clés comme "relations raciales" et "exploitation" sans autre explication. 

Néanmoins, la fin de la chanson définit son message réel: "Vivons nos vies, vivons pour le paradis futur", en opposition à vivre dans un passé malheureux ou bien dans un futur illusoire de manière à échapper aux problèmes sociaux du présent."

La chanson a été reprise par Coolio qui a changé les paroles et changé le titre en "Gangsta's Paradise".




"As" est certainement une des chansons de Stevie ayant les paroles les plus belles et les mieux construites. Il s'agit de l'expression d'un amour éternel qui durera toujours, ou jusqu'à l'arrivée d'événements pour le moins improbables:

(Jusqu'à ce que le jour soit la nuit et que la nuit devienne le jour)
Toujours
(Jusqu'à ce que les arbres et les mers se lèvent et s'envolent)
Toujours
(Jusqu'au jour où huit fois huit fois huit font quatre)
Toujours
(Jusqu'au jour qui est le jour qui n'est plus)
Saviez-vous que quelqu'un vous aime
( Jusqu'au jour où la terre commencera à tourner de droite à gauche)
Toujours
(Jusqu'à ce que la terre juste pour le soleil se renie)
Je t'aimerai pour toujours
(Jusqu'à ce que ma chère mère nature dise que son travail est terminé)
Toujours
(Jusqu'au jour où tu es moi et je suis toi)
Toujours
(Jusqu'à ce que l'arc-en-ciel brûle les étoiles dans le ciel
Jusqu'à ce que l'océan coupe chaque montagne)

Voici une version "Live in the Studio" de 1976:



Le morceau de clôture du double album phare de Wonder, "Another Star" dure 8:28 et inspire le chagrin. A la suite de "As", où Stevie chantait une dévotion sans fin envers sa bien-aimée, "Another Star" exprime un sentiment similaire, mais teinté de chagrin d'amour, car il est clair que Stevie a perdu son amour et n'a pas l'intention de l'oublier : "L'amour reste peut-être encore à trouver pour vous, mais moi je célébrerai notre amour d'hier."

Les paroles plaintives sont accompagnées d'une musique plutôt joyeuse, avec 10 musiciens différents rejoignant Wonder sur ce morceau, donnant une orchestration fouillée (en particulier, on remarque la présence de la flûte). On notera la présence de George Benson à la guitare et dans les chœurs.



Dans "Ngiculela, Es Una Historia, I am Singing", Stevie Wonder chante l'amour en trois langues: le zoulou, l'espagnol et l'anglais. Les paroles disent en substance:

"Je chante demain
Je chante l'amour
Je chante un jour où l'amour régnera
Dans ce monde qui est le nôtre
Je chante l'amour de mon cœur"

Voici une superbe version donnée en 2012 pour le concert de la paix des Nations Unis. Stevie Wonder est accompagné par Jasmine Cruz et Janelle Monaé, deux très belles voix.




1979 - Journey through the Secret Life of Plants (Soundtrack)




Après le succès phénoménal de l'album précédent, cet album est passé complètement inaperçu et a vraisemblablement dérouté les fans.

En effet, il s'agit d'une musique d'un film documentaire sur les plantes. Il est quasiment exclusivement instrumental. Stevie Wonder utilise encore beaucoup les synthétiseurs et pour la première fois un échantillonneur. C'est le premier album de Wonder à utiliser un enregistrement numérique.

Je pense qu'il faut laisser sa chance à cet album atypique et se laisser emporter par ces mélodies étranges et exotiques.

J'ai sélectionné l'un des rares morceaux chantés de l'album, il s'agit de "Send one your love". Une fois de plus Stevie nous livre une superbe mélodie.





1980 - Hotter Than July




La chanson en hommage à Bob Marley Master Blaster (Jammin’) ainsi que les titres I Ain't Gonna Stand for It, Lately et Happy Birthday ont constitué les hits de cet album. 

Stevie Wonder a écrit la chanson Happy Birthday pour rendre hommage à Martin Luther King et a fait une campagne pour instaurer le 15 janvier, date de sa naissance, comme jour férié aux États-Unis. Sa détermination porte ses fruits en 1986 lorsque Ronald Reagan introduit dans la législation américaine le 3e lundi de janvier comme jour férié à la mémoire de Martin Luther King.

Quel plus bel hommage que ce "Master Blaster" ? Voici une version live à Londres en 2008.



"Happy Birthday" est devenu un second hymne pour souhaiter un bon anniversaire. Voici une version donnée par Stevie Wonder pour fêter les 80 ans de Michael Caine et Quincy Jones.





1984 - The Woman in Red (Soundtrack)



Cet album inclus l'un des plus grands succès de la carrière de l'artiste, "I Just Called to Say I Love You", avec lequel il a remporté l'Oscar de la meilleure chanson originale. 

On y trouve aussi Love Light in Flight (classé dans le top 20 du billboard américain) et Don't Drive Drunk. L'album a atteint la 4e place des charts américains et la seconde place au Royaume-Uni.

Voici un clip de la chanson "I Just Called to Say I Love You".




1985 - In Square Circle



Avec cet album, Stevie Wonder a remporté le Grammy Awards en 1985 de la meilleure performance vocale Rhythm and Blues masculine.

La chanson "Part Time Lover" parle d'un couple infidèle et des machinations qu'ils organisent pour garder leur liaison secrète. Ce sont des "amants à temps partiel" ("part time lover") parce qu'ils doivent rester discrets :

"Nous sommes étrangers le jour, amants la nuit
Sachant que c'est si mal, mais se sentant si bien"

La chanson se termine par une astuce, quand il devient clair pour le chanteur que sa propre femme a un amant à temps partiel qui joue au même jeu.

Wonder dit qu'il a été dans une position similaire, avec un gars qui appelait chez lui et essayait de déguiser sa voix quand Stevie lui répondait.

En voici une version live endiablée:




Dans "Overjoyed", Stevie parle d'un homme qui souhaite que l'amour dont il a rêvé se réalise: alors il serait "fou de joie". Voici une version live de 2017.




1987 - Characters



Ce 20e album de l'artiste a été classé 17e aux US Pop charts et 1er aux US R&B/Hip-Hop charts.

Les quatre tubes de l'album sont Skeletons, Get It un duo avec Michael Jackson, la ballade R&B You Will Know et Free. À noter la participation de B.B. King et Stevie Ray Vaughan sur le morceau Come Let Me Make Your Love Come Down.

"Free" parle d'un homme qui se sent libre de toutes les contingences, plus libre qu'un rayon de soleil, qu'une goutte d'eau, aussi libre qu'une rivière.




1991 - Jungle Fever (Soundtrack)



En 1991, Stevie Wonder est sollicité pour réaliser la bande son du film "Jungle Fever" de Spike Lee.

Le film connaît un grand succès commercial et la prestation de Samuel L. Jackson est saluée comme une des meilleures performances de l'acteur.

J'ai retenu pour sa superbe mélodie la chanson "These Three Words" qui montre qu'il est très simple finalement d'exprimer son amour en 3 mots: "Je vous aime". Il existe une très belle reprise de cette chanson par Judith Hill, j'en parle dans l'article qui lui est consacré.





Extraits de concerts & nouveaux singles

Ce chapitre est consacré à des extraits de concerts remarquables et à quelques singles sortis depuis le dernier album studio.

Reprise de "The Way you make me feel" de Michael Jackson

Dans cette vidéo, Stevie Wonder reprend la chanson de Michael Jackson en duo avec John Legend. Ensuite, on a droit à un duo avec B.B. King.




2008 - Spain de Chick Corea

En 1973, Chick Corea sort son second album avec le groupe Return to Forever. Cet album est intitulé "Light as a Feather". Il contient le standard du Jazz "Spain". En 2008, dans son live à Londres, Stevie Wonder reprend ce morceau avec ses musiciens ... je vous laisse apprécier le résultat!




2010 - Ebony & Ivory en duo avec Paul McCartney

Ebony & Ivory est un duo de Stevie Wonder et Paul McCartney. Il sort sur l'album "Tug of War" de Paul McCartney de 1982.

En 2010, voici un extrait d'un concert depuis la maison blanche. Ce titre parle bien sûr de l'harmonie entre noirs (ebony) et blancs (ivory).




2011 - Fragile en duo avec Sting

Fragile est une chanson écrite, composée et interprétée par le chanteur britannique Sting. Sortie en single en avril 1988, elle est extraite de l'album "...Nothing Like the Sun" paru en octobre 1987.

Fragile est un hommage à Ben Linder, un ingénieur américain qui travaillait sur un projet hydroélectrique au Nicaragua et qui fut tué par les Contras en 1987.

Voici un duo de Sting et Stevie Wonder donné lors du concert des 60 ans de Sting. Stevie Wonder chante et joue de l'harmonica.




2011 - Superstition & As en duo avec Janelle Monaé

Lors de son concert Rock in Rio en 2011, Stevie Wonder interprète ces deux titres avec Janelle Monaé. On notera au passage la présence de Judith Hill et Aisha Morris (la fille de Stevie Wonder) dans les chœurs.




2015 - Ain't no Sunshine de Bill Withers

Ain't No Sunshine est une chanson de Bill Withers sortie en 1971 sur son premier album, Just As I Am.

La chanson est publiée en tant que single en septembre 1971 et atteint respectivement la 8e et la 3e place des charts R&B et POP U.S. Ain't No Sunshine est placée 280e dans la liste des 500 plus grandes chansons de tous les temps établie par le magazine Rolling Stone en 2003. Elle est l'une des chansons les plus diffusées sur les radios britanniques.

En 2015, Stevie Wonder rend hommage à Bill Withers et chante cette chanson devant son auteur.




2015 - People en duo avec Arturo Sandoval

People est une chanson composée par Jule Styne, avec des paroles de Bob Merrill, pour leur comédie musicale Funny Girl créée à Broadway en 1964. La chanson a été créée sur scène par Barbra Streisand, l'interprète du rôle principal de Fanny Brice dans la production originale de Broadway de 1964. 

Voici une reprise de Stevie Wonder avec le trompettiste d'origine cubaine Arturo Sandoval.




2016 - Faith en duo avec Ariana Grande (Single)

En 2016, Stevie Wonder participe à la bande son du film "Sing" ("Tous en Scène"), un dessin animé dans lequel les animaux chantent lors d'un show organisé par un Koala.

Il interprète la chanson "Faith" avec Ariana Grande. La chanson fait partie du générique de fin du film.





2016 - Purple Rain en duo avec Madonna

Purple Rain est une ballade de Prince & The Revolution. Ce single porte le même titre que l'album et que le film dont il est issu, tous les supports sont sortis en 1984. La chanson est un mélange de Rock'n'roll, de pop et de musique gospel et est considérée comme l'une de ses chansons phares.

Stevie Wonder la chante en duo avec Madonna en hommage à Prince lors des Billboard Awards 2016.





2017 - Happy en duo avec Pharrell Williams

Le single Happy de Pharrell Williams, sorti le 18 novembre 2013, est à l'origine présent sur la bande originale du film d'animation Moi, moche et méchant 2, sorti à l'été 2013. Ce single est un succès planétaire et s'écoulera à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde et obtient notamment un disque de diamant en France. Il est certifié 7x platine aux USA pour 7 millions de copies vendues.

Il est intégré dans le second album de Pharrell Williams intitulé GIRL.

Lors du concert Global Citizen 2017, Stevie Wonder l'interprète avec Pharrell Williams.





2017 - Get Lucky + Superstition avec Pharrell Williams

Lors du même concert, on a droit à Get Lucky et Superstition.

Get Lucky est le premier single extrait de l'album Random Access Memories du groupe Daft Punk, coécrit et interprété en collaboration avec Pharrell Williams et Nile Rodgers.

Avant son lancement officiel, le single Get Lucky est présenté lors du Saturday Night Live et au Coachella Festival. Acclamé par les critiques spécialisées, le titre rencontre un succès international important en se retrouvant no 1 dans de nombreux pays durant l'été 2013, et remporte deux Grammy Awards l'année suivante.




2020 - Where is our love song (single)

"Where Is Our Love Song", le dernier single de Stevie Wonder à ce jour, est similaire dans sa signification à un morceau bien connu que Stevie Wonder a sorti en 1976 et qui s'intitule "Love's In Need of Love Today". Et thématiquement, cela représente une position que le musicien a tenue tout au long de sa carrière musicale. Et c'est un besoin d'augmenter la sympathie et l'empathie entre les hommes. 

En tant que telle, la "chanson d'amour" à laquelle il fait référence dans le titre n'est pas dans une connotation amoureuse. Ce que le chanteur préconise plutôt, c'est que les membres de "l'humanité" deviennent plus aimants les uns envers les autres.

Le chanteur et guitariste Gary Clark Jr. a participé à ce titre, en voici la version audio.






mardi 26 avril 2022

Betty Davis

 

Betty Davis

Betty Davis


Betty Davis, née Betty Gray Mabry le 26 juillet 1944 à Durham (Caroline du Nord, États-Unis) est une chanteuse américaine de soul et de funk.

Si j'ai souhaité lui consacrer un article c'est qu'elle nous a quitté récemment, le 9 Février 2022.

Je lui avais déjà consacré quelques lignes dans mon article sur les divas de la soul, mais voici une sélection beaucoup plus fournie.

Betty Mabry rencontre Miles Davis en 1967, et l'épouse en 1968 à l'âge de 23 ans (ils avaient 20 ans d'écart). Le mariage ne dure qu'un an, Miles Davis demandant le divorce en 1969 car, selon ses mots, son épouse est « trop jeune et sauvage » pour lui. 

Le trompettiste affirmera plus tard que Betty Davis eut beaucoup d'influence sur son travail, lui faisant notamment découvrir le rock psychédélique de Jimi Hendrix et le funk novateur de Sly Stone. Cette influence se retrouve entre autres sur l'album "Filles de Kilimanjaro", qui contient un morceau nommé "Mademoiselle Mabry" et dont la pochette a été réalisée à partir de plusieurs clichés de Betty Davis.

L'influence d'Hendrix et de Sly Stone sur Miles Davis est également perceptible sur l'album Bitches Brew, souvent considéré comme fondateur du courant jazz-rock et un des meilleurs albums de Miles.

Betty Davis est certainement la chanteuse de funk la plus sous-estimée et méconnue qui existe. Elle semble avoir été trop en avance sur son temps. Elle fut donc un météore de la musique ses albums ayant été enregistrés entre 1968 et 1979 (même si, comme on va le voir, certains ont été édités beaucoup plus tard).

Betty Davis a un énorme charisme et un talent aussi grand. Elle est funky, groovy, sensuelle, énergique, elle a une gouaille formidable. Sa voix nous gifle, elle râle, elle gémit. Ses textes parlent de sexe, de racisme, de politique et d'inégalités. 



D'autre part, je vous propose de partir à la découverte de sa discographie avec cette petite sélection.

1973 - Betty Davis



Betty Davis utilise ses nombreux contacts dans le milieu de la musique pour former son propre groupe, avec lequel elle enregistre son premier album homonyme, qui sort en 1973. Le disque réunit des musiciens issus de groupes célèbres de la côte Ouest des États-Unis, dont la section rythmique de Sly & the Family Stone. On y retrouve des artistes comme Sylvester et les Pointer Sisters dans les chœurs.

L'album est produit par Gregg Errico qui joue également de la batterie. Il contient quelques morceaux sexuellement très explicites pour l'époque, choque certaines consciences, valant notamment à son autrice les remontrances de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People, Association pour le progrès des gens de couleur), estimant qu'elle représente une "honte" pour les Noirs américains. 

Des groupes religieux organisent même des manifestations lors de ses concerts, dont plusieurs doivent être annulés. 

Le morceau "If I'm In Luck I Might Get Picked Up" est de plus interdit de diffusion dans la ville de Détroit, et de nombreuses radios du pays refusent de le passer à l'antenne. Une station de Kansas City s'attire même de sévères remontrances pour avoir diffusé le titre par accident.

Voici quelques titres de cet album totalement avant-gardiste pour l'époque.

Voici le morceau "If I'm In Luck I Might Get Picked Up", écoutez cette rythmique d'acier et les interventions de l'orgue.



On poursuit avec "Anti Love Song", une chanson à nouveau explicite, qui a été reprise par Skunk Anansie.



Toujours le funk le plus hard avec "Your Man My Man" sur deux femmes qui partagent le même homme:


"Game is my middle name", sur les jeux de l'amour:




Il reste très peu de témoignages live de Betty Davis. Voici un très court extrait de la chanson "Stepping in Her I. Miller Shoes":




1974 - They Say I'm Different



L'année suivante Betty Davis sort un nouvel album, mais, tout comme le premier il ne rencontrera pas beaucoup de succès.

Voici "Shoo-B-Doop And Cop Him", un morceau très groove:




On poursuit avec le titre "He was a big freak". 

Le gros monstre dont la chanson parle, serait-ce Miles ? En tout cas Betty Davis en fait des tonnes …




"They Say I'm Different" ("Ils disent que je suis différente"), on peut penser qu'il s'agit d'une profession de foi:




Voici un morceau plus jazzy: "Special People".






1975 - Nasty Gal




Betty Davis sort de nouveau un album l'année suivante. Même si je trouve la musique globalement un peu plus sage, il n'en est rien de la pochette provocante et du titre "Nasty Gal", la "vilaine fille".

Le succès n'est toujours pas au rendez-vous, ce qui confirme l'hypothèse selon laquelle Betty Davis était trop en avance sur son temps.

Voici le titre "Nasty Gal" :



Voici "F.U.N.K.":




Et "Gettin' Kicked Off, Havin' You":





1976 - Is It Love or Desire



Rien ne va plus entre Betty Davis et le producteur du label Island Records Chris Blackwell. Il semble qu'il s'agisse de désaccords artistiques, Betty Davis ne voulant rien changer à son style. Résultat des courses, l'album ne sort pas et cela sonne le glas de la carrière de Betty Davis.

Il faudra attendre 2009 pour que l'album soit finalement publié, soit plus de 30 ans après !

Les musiciens sur cet album sont: Semmie (Nickey) Neal Jr. à la batterie, Larry Johnson à la basse, Carlos Morales à la guitare et Fred Mills aux claviers.

Voici "Whorey Angel" sur lequel Fred Mills chante avec Betty Davis:



Voici "Crashin' From Passion":



"When Romance Says Goodbye" est la chanson la plus délicate que Betty Davis ait jamais enregistrée, ce qui montre un net changement de cap. La chanson est très orientée soul.



"For My Man" est à nouveau un titre funk, où Betty Davis redevient sensuelle.







1995 - Crashin' From Passion



En 1979, Betty Davis fait une dernière session d'enregistrement avec des artistes connus comme Herbie Hancock aux claviers, ainsi que Martha Reeves et les Pointer Sisters dans les chœurs. 

Mais cela ne change rien, la carrière de Betty Davis se termine abruptement et de manière inexplicable. L'album lui ne sortira qu'en 1995.

Sur le premier morceau "Quintessence of Hip" on peut entendre plusieurs références telles un riff de guitare à la Jimi Hendrix, une évocation de "Superstition" de Stevie Wonder et une de "Respect" d'Aretha Franklin.

On peut également entendre le titre "Crashin' For Passion" qui a le même titre qu'un autre morceau de l'album "Is It Love or Desire", mais qui est différent.

Enfin, sur plusieurs titres tels que "All I Do is Think About You", on peut entendre une chanteuse plus apaisée dans un style soul ou disco. Ce qui n'est peut-être pas l'orientation que Betty Davis souhaitait prendre (cela rend l'album plus commercial et "respectable"). 

Voici l'album complet:





2016 - The Columbia Years 1968-1969



En octobre 1968 puis en mai 1969, Betty mettra en boîte deux sessions pour Columbia, le label de Miles. 

La première se déroule à Los Angeles et réunit quelques pointures parmi lesquelles Masekela, Joe Sample et Wayne Henderson. 

Pour la seconde, à New York cette fois, elle est entourée de géants du jazz comme Herbie Hancock, Wayne Shorter et John McLaughlin, ainsi que des complices d’Hendrix, Mitch Mitchell et Billy Cox. 

Derrière la console pour produire, Miles est présent, épaulé par son producteur attitré, Teo Macero. Betty chante ses propres compositions et reprend également Politician Man de Cream et Born on the Bayou de Creedence Clearwater Revival. 

Des démos qui resteront des années dans les archives de Columbia, peu motivé pour les publier. A moins que Miles lui-même, craignant l’ombre qu’aurait pu lui faire sa charismatique compagne, n’ait poussé son label à volontairement les oublier…

On ne saura jamais le fin mot de l'histoire. Finalement l'album est publié ... mais seulement en 2016.

Voici "Politician" (ou "Politician Man"), on entend la voix de Miles au début du morceau:



On termine avec "Born on the Bayou":




Aujourd'hui, Betty Davis reste une figure culte, à laquelle de nombreux artistes comme Carlos Santana ont rendu hommage. Elle est souvent considérée comme une créatrice en avance sur son temps. Sa musique a notamment été samplée par des rappeurs comme Ice Cube ou Talib Kweli.

Les albums "Betty Davis" et "They Say I'm Different" ont été réédités par le label de Seattle Light in the Attic le 1er mai 2007.



mardi 22 février 2022

Steely Dan

 

Steely Dan

Steely Dan


Steely Dan est un groupe de rock américain composé de Walter Becker (guitare et basse, à gauche sur la photo) et Donald Fagen (chant et claviers, à droite sur la photo). 

D’abord formé comme un groupe rock conventionnel, Steely Dan a évolué vers un duo mélangeant des genres aussi variés que le rock, le jazz, la pop, la musique latine, le blues, le reggae et le rhythm and blues.

En 1974, ils dissolvent leur groupe, cessent de se produire sur scène, et travaillent exclusivement en studio, puisant à volonté parmi la crème des musiciens des États-Unis à travers une production et un son particulièrement sophistiqués.

Entre 1972 et 1980, ils sortent 7 albums studio. En 1980, juste après la sortie de l'album Gaucho, le groupe se sépare et Donald Fagen commence une carrière solo.

Fagen et Becker refondent leur groupe pour donner des concerts à partir de 1993 et publient, vingt ans après Gaucho, l'album Two Against Nature qui obtient le Grammy Award de l'album de l'année 2000. Le groupe est introduit au Rock and Roll Hall of Fame en 2001, et continue de façon ininterrompue les tournées internationales depuis lors, tandis que leur dernier album, Everything Must Go est sorti en 2003. 

Steely Dan a vendu plus de 40 millions d'albums au cours de son histoire.

Walter Becker meurt le 3 septembre 2017 à l'âge de 67 ans. Donald Fagen annonce alors son intention de « garder vivante » la musique qu'il a créée avec son partenaire, « aussi longtemps que je le pourrai avec le groupe Steely Dan ».

Si j'ai choisi de vous présenter ce duo, c'est que j'adore le son de leurs albums, leur rythme chaloupé mélange de rock, de jazz et de reggae, aux inflexions funky, et leur humour sarcastique.

Ils ont la particularité d'avoir réalisé des chansons aux paroles cryptées et difficiles à décoder. Je me suis attaché dans cet article à les décoder (en utilisant les ressources de sites comme "songmeanings" et "songfacts"), sachant que ces paroles donnent lieu parfois à plusieurs interprétations, j'ai essayé de sélectionner la plus vraisemblable, mais je ne garantis pas que mon interprétation est toujours la bonne.

D'autre part, je voudrais insister sur le fait que leurs paroles ont parfois un contenu sexuel, ou bien sur les drogues, ou bien tout simplement éloigné du politiquement correct. Si cela vous choque ou bien si vous considérez que vous êtes trop jeune pour lire ce genre d'explications, je vous invite à ne pas lire ce qui va suivre.

Le premier exemple qui illustrera ce propos est le nom du groupe lui-même: Steely Dan. Fagen et Becker sont des fervents de la littérature de la Beat Generation, ils baptisent leur groupe d'après le nom d’un godemiché en caoutchouc tiré du roman "Le Festin nu" de William Burroughs.

Je vous ai concocté une playlist chronologique complétée par les albums solos de Donald Fagen.


Voici une sélection des meilleurs morceaux du groupe.


1972 - Can't Buy a Thrill



Can't Buy a Thrill est leur premier album. Il a été disque d’or et a atteint la 17e place au classement des meilleures ventes.

"Do It Again" et "Reelin' in the Years" sont sortis en single et ont atteint respectivement les positions 6 et 11 du Billboard Hot 100.

La chanson "Do It Again" raconte l'histoire de Jack, un monsieur tout-le-monde peu recommandable, qui se livre à des péchés abominables tels que le meurtre pour la vengeance, la trahison et la tromperie, et le jeu ..., et il recommence (do it again).

Voici une version de 1972 au Midnight Special Live. Le chanteur aux cheveux longs qui chante avec Donald Fagen est David Palmer qui a participé au premier album.




"Dirty Work" est l'histoire d'un homme qui entretient des relations avec une femme mariée et qui en a assez de jouer ce rôle qu'il appelle un "sale boulot".



Dans "Reelin' in the years", le principal protagoniste ne comprend pas pourquoi sa petite amie l'a quitté. Elle se trouve un nouveau compagnon et il ne comprend pas pourquoi elle n'a pas reconnu ses qualités et ignore ses pleurs.



1973 - Countdown to Ecstasy



Voici le deuxième album du groupe, un album réalisé très rapidement suite au succès du premier.

"Bodhisattva" est un des morceaux les plus rapides et les plus rock du groupe. Le terme Bodhisattva désigne un prêtre bouddhiste. Dans cette chanson, ils se moquent de l'attrait exercé par les philosophies orientales en occident, et surtout sur le fait qu'il faut se débarrasser de ses possessions ("I'm gonna sell my house in town") pour accéder à l'illumination spirituelle.

A noter que ce morceau a été repris par le groupe Toto.

Voici une version live:



"Your Gold Teeth" raconte l'histoire d'une femme joueuse qui tente de séduire les hommes riches au casino. "Gold Teeth" est une expression qui désigne les dés. Il s'agit d'un morceau jazzy avec de beaux solos instrumentaux.


"Show Biz Kids" est une critique corrosive du monde du show-biz où les gens ne pensent qu'à eux et aux possessions matérielles. Et en s'auto-parodiant ils disent même que ces gens veulent avoir un T-shirt de Steely Dan. Les radios n'ont pas apprécié le côté satirique de la chanson et l'ont boudé.

Voici une version live de 2006 avec l'excellent Michael McDonald (du groupe The Doobie Brothers), qui a souvent fait les chœurs sur les albums du groupe.



"King of the World" est l'histoire d'un survivant d'une apocalypse nucléaire qui parle sur sa radio amateur. Comme il n'y a plus personne, il est "le roi du monde". On notera dans ce morceau l'utilisation très maligne d'un synthétiseur qui évoque la sirène d'un raid aérien.




1974 - Pretzel Logic



En 1974 sort le troisième album du groupe. Il comprend la chanson, "Rikki Don't Lose That Number", qui fut le premier grand succès du groupe. 

L’album a été disque d’or et huitième au classement des ventes. Ce succès est assez remarquable dans la mesure où la musique est sans concessions et est très différente de la musique rock de l’époque.

Une introduction très bizarre de flapamba (instrument rare de la famille des marimbas), suivi d'une superbe ballade rock, voici le titre "Rikki Don't Lose That Number". Rikki Ducornet est une poétesse et écrivaine. Donald Fagen l'a rencontrée alors qu'il fait ses études au Bard College (un établissement d'enseignement des arts libéraux). Bien qu'elle soit mariée à un professeur du collège et enceinte, Donald lui laisse son numéro. Il s'est souvenu de cette anecdote quand il écrit la chanson dans laquelle il lui demande instamment de le rappeler. Dans la vraie vie, elle ne l'a jamais rappelé, mais en entendant la chanson dans un magasin, elle se dit: "Cette chanson parle de moi !"



La chanson "Barrytown" parle des préjugés des gens vis-à-vis des jeunes hippies.



Le morceau "East St-Louis Toodle-Oo" est une adaptation fantaisiste d'un titre de Duke Ellington.




1975 - Katy Lied



Sorti en 1975, cet album est le premier de la seconde période du groupe (1975-1980), pendant laquelle Steely Dan, réduit au duo d'auteurs-compositeurs Donald Fagen (chant, claviers) et Walter Becker (basse, guitare), utilise des dizaines de musiciens de studio au gré de ses différents besoins sur les titres qui composent ses disques.

Le premier morceau choisi est "Docteur Wu". L'interprétation de ce titre est sujette à caution. Il me semble néanmoins probable de comprendre que le fameux "Docteur Wu" n'est pas un personnage réel, mais la personnification d'une drogue, en l'occurrence l'héroïne. La chanson raconte l'histoire d'un drogué qui connaît une femme qui s'appelle Katy, il pense pouvoir redémarrer sa vie avec elle. Il s'aperçoit alors qu'elle aussi est droguée. On remarquera la superbe intervention d'un saxophone.



La chanson "Everyone's Gone to the movies" a des paroles tendancieuses, elle parle d'une personne peu recommandable (un certain Mr LaPage) qui encouragerait des jeunes à regarder des films interdits à leur âge (les films underground étant en 8mm à l'époque: "We know you're used to sixteen or more, sorry we only have eight").

On notera le côté faussement léger et innocent de la musique.



Le titre "Chain Lightning" est également très "cryptique". Les analyses partagées sur internet semblent toutes converger sur le fait qu'il s'agit de l'évocation de deux allemands qui se rendent à un meeting nazi. Trente ans plus tard ils retournent dans le même endroit. Selon les hypothèses il pourrait aussi s'agir de deux mafiosos ou de deux trafiquants de drogues. On comprend facilement qu'il ne s'agit pas pour Steely Dan de vanter cela, mais bien plutôt d'une moquerie ironique et sarcastique.


 

1976 - The Royal Scam



Sur cet album j'aurais volontiers sélectionné tous les titres, car c'est certainement un des meilleurs albums de notre duo. 

Néanmoins j'ai fait ma sélection, afin de vous livrer la substantifique moelle de cet opus.

Le morceau "Kid Charlemagne" parle du chimiste Owsley Stanley, qui est devenu dans les années 70 et 80 un des plus célèbres vendeurs de LSD de la côte ouest (San Francisco et L.A.). La chanson raconte que lorsque ses clients ont arrêté de prendre du LSD il a vu son monde s’effondrer, et il est devenu obsolète. Poursuivi par la police, il s'est fait bêtement arrêté car il avait oublié de mettre de l'essence.

Voici une version live donnée par les Dukes of September:



Le morceau "Sign In Stranger" a une incroyable instrumentation. En tant que fan de SF, Donald Fagen invente une planète imaginaire appelée Mizar Five, où tous les types louches peuvent redémarrer leur vie. On peut penser qu'il s'est inspiré de romans de SF tels que "Planète à gogos" de Cyril M. Kornbluth et Frederik Pohl, ou bien "Le Prince des Etoiles" de Jack Vance qui parle d'une planète Mizar 6.



"The Fez", encore une chanson tendancieuse. En argot des années 70 aux Etats-Unis, the fez désigne un préservatif. En outre dans la phrase: "No I'm never gonna do it without The Fez on", Donald Fagen se permet un jeu de mot phonétique avec le verbe français faire: entre l'anglais "Fez on" et le français "faisons". Ce qui pourrait signifier: "No I'm never gonna do it without doing it" ("Non, je ne vais jamais le faire sans le faire").



Dans "Green Earrings", l'auteur raconte l'histoire d'un amant prêt à voler les boucles d'oreille de sa compagne pour aller, sans remords, s'acheter de la drogue.



Enfin, dans "Haitian Divorce", on apprend que l'on peut divorcer rapidement à Haïti. C'est donc l'histoire d'une femme qui se rend à Haïti pour divorcer, là-bas elle a une aventure avec un haïtien et tombe enceinte. La chanson est sur un rythme de reggae.



1977 - Aja



Aja est le sixième disque du groupe et encore une grande réussite. L' album se classera dans les meilleures ventes et remportera un Grammy Award. Aja contient la participation de plusieurs grands musiciens de session. 

La chanson-titre de huit minutes de long propose des changements de rythmes fondés sur le jazz, un solo du célèbre saxophoniste Wayne Shorter, et une superbe instrumentation. Aja est le prénom de l'épouse coréenne d'un des amis de Donald Fagen.



La chanson "Deacon Blues" parle d'un homme qui a pris la décision de vivre ses rêves et de devenir musicien (en l'occurrence saxophoniste). On surnomme l'Alabama "The Crimson Tide" ("La vague pourpre"), un nom pour les gagnants. Lui, il veut qu'on l'appelle "Deacon Blues", qui est nom pour les perdants.



"Peg" est le nom fictif d'une starlette qui connaît le succès. La chanson est écrite par un ancien petit ami qui a été abandonné. Le prénom Peg a été choisi car il était assez court pour s'adapter à la musique.



Quant à "Josie", c'est probablement une jeune femme sortie des fantasmes de jeunes gens, car elle permet de braver tous les interdits. Pour moi, une des meilleures chansons du groupe.




1978 - FM Soundtrack



En 1978, Steely Dan participe à la bande originale du film "FM". On retrouve dans cette bande son deux titres: "Do it again" et "FM" qui est inédit. A noter que cette bande originale sur laquelle on retrouve des artistes comme Steve Miller, Foreigner, Tom Petty ou les Doobie Brothers est excellente.

Le titre "FM" désigne la radio FM: les filles aiment la bonne musique, le funk et le reggae, cela les met dans de bonnes conditions. La radio FM permet d'écouter cette bonne musique sans parasites: "no static at all".

A noter que l'album contient une reprise du morceau avec un beau solo de saxophone.




1980 - Gaucho



Il s'agit du dernier album de Steely Dan, avant une coupure de vingt ans. A noter également, que c'est l'album qui contient trois de mes morceaux favoris, les voici.

"Babylon Sisters" décrit la relation entre un homme mûr et une jeune fille de petite vertu (ce qui est indiqué par le choix de "Babylon", qui évoque dans la bible un lieu de perdition). Il voudrait être le seul qu'elle aime. Ses amis lui disent qu'il joue avec le feu.



Le titre suivant, "Hey Nineteen" traite également du même sujet. Le problème pour l'homme d'âge mûr est que malgré sa passion, il s'aperçoit qu'ils n'ont rien en commun à cause de la différence d'âge.



La chanson "Glamour Profession" raconte les mésaventures de trois personnages connus, qui connaissent des déboires suite à leurs activités illégales. Toute l'astuce de Donald Fagen, dans les paroles de la chanson, est de masquer de qui il s'agit, de manière à éviter les problèmes, et de distiller des indices complexes.




1982 - Donald Fagen - The Nightfly



Si pendant cette période, le groupe Steely Dan ne sort aucun album, ce n'est pas le cas de Donald Fagen qui démarre sa carrière solo. 

Son premier album s'intitule "The Nightfly". Il fut favorablement comparé à son meilleur travail avec Steely Dan. On peut entendre dans cet album concept des musiciens comme Jeff Porcaro à la batterie, Randy et Michael Brecker à la trompette et au saxophone ténor, le guitariste Larry Carlton et le bassiste Marcus Miller.

Le premier titre, "I.G.Y.", désigne l'International Geophysical Year (1957-1958) et parle de tous les progrès que l'on prévoyait dans les années 50 et qui allaient simplifier la vie.

A noter, pour ceux qui ont connu cette époque, que ce titre a servi de générique à la station NRJ à ses débuts.



Ensuite Donald Fagen fait une reprise du morceau "Ruby Baby", une chanson composée par Leiber & Stoller et créée par le groupe soul The Drifters. La version de Donald Fagen apporte réellement quelque chose à la chanson.



La chanson "New Frontier" se déroule au début des années 60 et raconte l'histoire d'adolescents qui trouvent l'amour dans un abri antiatomique. Le morceau est à la fois sarcastique et nostalgique.



La chanson "True Companion" ne figure pas directement sur l'album The Nightfly, mais elle est composée à la même époque par Donald Fagen pour la bande originale du film animé de SF "Heavy Metal" (en français "Métal Hurlant"). Il s'agit d'une méditation à la "Dark Star" sur les habitants d'un vaisseau spatial qui rêvent de trouver un monde vert. True Companion est le nom du vaisseau.


 
Je ne parlerai pas ici des autres albums de Donald Fagen.


2000 - Two Against Nature



Il faut donc attendre 20 ans après Gaucho pour l'album suivant. Classé numéro 6 au Billboard Top 200, cet album a gagné quatre trophées Grammy Awards aux États-Unis.

Ce n'est pas mon album préféré.

J'ai sélectionné le morceau "Jack Of Speed" qui nous offre des cuivres jazzy. C'est l'histoire d'un gars qui a changé à cause de son addiction à la drogue. Il semble qu'il n'y ait pas de retour possible.


Le morceau "Cousin Dupree" est une chanson humoristique sur un gars qui tombe amoureux de sa jeune cousine.




2003 - Everything Must Go



Everything Must Go est le dernier album du groupe Steely Dan publié à ce jour. Classé numéro 9 au Billboard Top 200, cet album a eu un honnête succès commercial aux États-Unis.

Pour moi, il y a plein de pépites dans cet album, à commencer par "The Last Mall", un chanson qui parle des courses que vous faites juste avant la fin du monde.



Dans "Things I Miss The Most", après un divorce ou la perte de l'être aimé, l'auteur se rappelle avec nostalgie des choses qui lui manquent le plus.



"Blues Beach" est une histoire de gens en cure de désintoxication qui se sentent plus ou moins résignés.



"Pixeleen" est l'histoire d'une fille, héroïne de jeux vidéos. L'indice provient déjà de son nom qui contient le mot "pixel", d'où l'idée du jeu vidéo.



Enfin je termine cet article avec le morceau au titre éponyme "Everything Must Go". Cette chanson est la dernière de l'album, et les paroles disent:

'Cause we're goin' out of business
Everything must go

comme s'ils annonçaient la fin de leur carrière, au moins en studio. Et, en effet, il s'agit de leur dernier album ...